La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

20 LA REVUE SOCIALISTE tuel en une participation ré0lle et immédiate? Par conséquent~ malgré son explication de l'homme tout entier par la liberté, malgré ses répugnances politiques à l'égard du socialisme, Kant. converge vers le socialisme dans ses théories philosophiques sur l"Etat et la propriété. Et il n'y a pas lieu de s'en étonner si l'on n·a pas oublié qu'il a défini la liberté, non pas comme un libre· arbitre désordonné, mais comme la raison même, le devoir luimême. De même que la liberté de conscience de chaque individu rPpose uniquement sur le devoir et la raison, et que la liberté elle-même ne se distingue pas de la règle de la liberté, de même les droits politiques et économiques de chaque citoyen ne se dis-- cE>rnentpas en dehors de l'Etat et du contrat social, qui est la loi normale. Donc lïr:dividnalisme et le socialisme ne s'opposent pas comme étant d'essence contradictoire, mais s'unissent et se concilient. Fichte m'apparait comme lïmage agrandie, amplifiée do E:ant. En effet, ce qui chez Kant se nomme «individualisme», peut se nommer« anarchie >> chez Fichte; et cc qui chez Kant peut s'appeler socialisme ou plutot germP. de socialisme', est explicitement nommé collectivisme chez Fichte. Enfin Kant a seulement concilié l'individualisme et le socialisme; Fichte concilia l'anarchie et le socialisme. Avec les mêmes sympathies que I(anl pour la Révolution franc;:aisc, Fichte de plus ne condamne pas comme lui la révolte contre les pouvoirs existants; bien au contraire il écrit nn livre pour justifier la Révolution française du crime de rébellion. Aucun ponvoir n·cst légitime en dehors du contrat originC'l. 01', un contrat no peut livrer un homme à un antre homme; donc il faut détruire les gouvernements et les pouvoirs qui assen-isscnt l'homme. Enfin l'on Ile peut concéùer des privilèges pour l't·tC'rnité. Si un jour il a été fait don à la noblesse de quelqnes droits extraordinaires, cc Gontrat n'a de valeur qu'à l'égard des contractants C'ux:-mêmes; il no peut ètre rejeté comme une clrnino sur leurs ùescendants, il ne peut ond1ainer leur volonté. Fichte dédaigne presque l'histoire. Celle-ci n'est pas, comme on l'a dit, la maitresse, l'éducatrice de la vie. Elle apprend cc qui est ou a été, jamais ce qui doit être. Si les peuples consultaient et suivaient les leçons de l'histoire, ils s'asserviraient aux: faits et aux choses, et n'obéiraient plus à la raison. Par cette appréciation de l'histoire Fichte se rapproche plus des philosophes français que des allemands. Non seulement l'histoirf> no peut enseigner do conduite, mais elle ne peut même pas donner· des conseils utiles. En efftt, lorsque la raison a bien pénéll'é un peuple ou un homme do ses devoirs, il suffit qu'il les accomplisse

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