216 LA REVUE SOCIALISTE ses verrues. C'est de la littérature pathologique évidemment, mais la Pathologie morale et sociale n'est-elle point digne d'intérêt? M. Gide semble d'accord avec moi jusqu'ici. Tout en tolérant, quoiqu'avec répugnance, l'art impudique ou vicieux, il refuse fermement de lui laisser courir les rues. En ce qui concerne l'étalage ou l'affichage des dessins ou des gravures lincencieuses, je déclare nettement que je suis pour l'interdiction absolue. Non pas que ces gaietés d'une verve quelque peu Gauloi!'e me choquent personnellement, non pas que je leur attribue une influence véritable sur la vie et la conduite des gens; mais uniquement par respect pour l'opinion et pour les sentiments de pudeur à mon avis exagérée mais respectable que professent nos contradicteurs. Partisan résolu de la liberté pour tous, je n'admets pas que de:5étalages en plein vent, à la vue desquels il est difficile de se dérober, puissent aller au devant de certaines délicatesses intimes pour les heurter et les blesser. Respectons donc la liberté et l~s effarouchements des gens a vertu étroite, mais que ces derniers veuillent bien à leur tour ne point se montrer intolérants; Et s'il plaît à un autre d'acheter au kiosque voisin tel journal illustré soit pour !'Art névrosé qu'on y trouve, soit tout bonnement pour s'amuser, s'il plaît à un autre de prendre tel supplément connu (Cil Blas, Echo de Paris, Lanterne, fournaux bourgeois), laissez-les faire. A part les enfants, ( 1) dont la surveillance incomb..: aux parents et pour qui l'hygiène prescrit le sommeil de certains désirs, laissez les adultes agir à leur gré. S'ils veulent le livre ou le journal qui les distrait, ne les forcez pas à courir par toute une ville de libraire en libraire ou à prendre le train pour Bruxelles. Liberté pour tous; c'est bien là la solution, la sauvegarde cle tous les intérêts, la garantie réciproque de chacun de nous contre la tyrannie possible des goûts et des passions d'autrui. Quant aux abus de la liberté. si nuisibles qu'ils soient, je le préfère encore à l'oppression ... II. Il reste à rsésoudre la seconde question, qui est la plus délicate : La santé morale et physique exige-t-elle le fonctionnement harmonieux de tous les organes, même des organes génitaux. Il m'eût été loisible de monter en wagon, de me rendre à Mont- ( 1) Si on interdisait certains livres ou certains journaux sous le pretexte qu'ils pourraient tomber entre les mains des enfants, on serait obligé, pour être consequent, de supprimer aussi les brasseries, cabarets, debits de tabac, cafés-concert et une foule d'autres institutions qui sont de nature à développer le goût de certains plaisirs peu délicats. Ce serait toute une revolution dans le genre de celle de Calvin à Genève.
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