La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

R.ÉPOI\SE A i\l. GIDE J'en appelle à la bonne foi de M. Gide. Qu'il relise, comme je viens de le faire, le volume du deuxième congrès et celui du quatrième congrès, et il sentira, comme moi, cette différence de ton, d'inspiration, d'allure. Cette question secondaire écartée, il reste deux points à traiter: 1° Une thèse d'ordre législatif: Jusqu'où doit aller la liberté de l'Art? Les productions artistiques ou littéraires (toute discussion relative à !el.Irvaleur intrinsèque étant écartée comme dénuée de criterium certain) peu vent-elles être étalées, affichées, vendues sur la voie publique? 2° Une thèse d'ordre philosophique et sociologique très général : Le fonctionnement modéré des organes génitaux est-il nécessaire à l'équilibre parfait de l'ètre humain, à la santé du corps et de l'esprit? Quelles sont les conséquences morales et surtout sociales qui résultent de ce principe, si on l'admet comme vrai. Pour ce qui touche à I'Art, M. Gide résume son opinion en mème temps, je crois, que le maximum des concessions auxquelles il puisse consentir, dans la phrase suivante: « En admettant mèrne que l'Art « véritable puisse être impudique et ait le droit de l'ètre, encore ne << serait-.:e pas une raison suffisante pour lui laisser courir les rues. » Bien entendu, nous professons, comme notre contradicteur, un parfait mépris pour les entrepreneurs qui gagnent de l'argent en débitant, sans aucun souci d'Art, mème d'Art pervers, de la basse littérature pornographique. Si le gouvernement le décore, tant pis pour le gouvernement; cela montre l'état d'esprit de cette fraction de labourgeoisie française qui nous gouverne sous le nom d'opportunisme et pour laquelle gagner de !'°argent est la seule morale. Mais comme il est impossible qu'un pouvoir quelconque puisse distinguer entre les œuvres d'art et les autres, comme l'arbitraire est là, toujours menaçant, comme tout droit de saisie ou de suppression ne tarderait pas à s'exercer contre (Madame 73ouary, les Fleurs du Mal, ou Gen11i11al, ou contre les socialistes, - il vaut mieux accorder la liberté la plus large d'écrire, afin de permettre à l'esprit de souffler librement ou il voudra. Roman, poëme, ou nouvelle, tout ce qui exprime une part de la réalité, tout ce qui note serait-ce un tic nerveux, serait-ce un sentiment malsain, seraitce un détraquement morbide, ou un raffinement de débauche, tout cela vivra - chaque époque se décrit et se peint elle-mèrne jusque dans souvent, je vous garantis I Il a une démangeaison perpétuelle de haranguer, à table. au salon, à Paris, en province, partout. Il a des discours émollients qu'il promène de ville en ville ; il prouve aux pauvres avec force soupirs que la misère doit être eternelle : il leur prêche avec onction la patience et le désespoir : il les engage à s'en remettre au temps et à la charité des riches. Certes! il attra bien 111ériti des classes dirigca11tes 1111e belle statue. C'est le chloroformeur ambulant de la souffrance humaine. (La Cowuersio" d'.Andri Savenay, roman socialiste par Georges ~enard).

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==