La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

212 LA REVUE SOCIALISTE sache, n'ayant osé le présenter comme colonie de peuplement (l'audace des philindochinois s'est bornée à le donner, au moins un siècle trop tot, comme centre important de débouchés pour nos produits) - il ne s'agit évidemment que des capitalistes français attirés là-bas par les mirobolants discours et les alléchantes promesses de gains fantastiques. Les français détenteurs de capitaux auront à subir la concurrencedes capitalistes anglais et allemands, solidement établis au Tonkin, contre lesquels - affirmation de leur défaite à bref délai - ils sollicitent déjà la protection gouvernementale. Quant aux vainqueurs anglais ou allemands, qu'ils ne crient pas bien haut leur victoire ; ils ont en face d'eux les chinois - fabricants, commerçants, intermédiaires, compradores, dont ils ne peuvent se passer. De cet adversaire-là ils ne triompheront pas, et cela pour des causes qu'il serait trop long d'énumérer ici. Depuis longtemps au Tonkin, la supériorité commerciale des chinois s'est manifestée dans les faits, elle a d'ailleurs été reconnue par des écrivains dont on ne saurait contester la compétence. S'il m'a fait l'honneur de me suivre attentivement dans cet exposé, forcément concis de la question tonkinoise, le lecteur pourra sans peine dégager la conclusion; s'il étend son investigation à d'autres questions analogues, il ne viendra pas s'inscrire en faux, lorsq11e nous dirons qu'en ce qui concerne la solution des conflits économiques et sociaux nos gouvernants semblent avoir adopté le « tout finit par s'arranger» de je ne sais plus quel personnage d' Illusions perdues. Et comme pour nous affamir en cette opinion, absolument logiques, attendant que tout s'arrange au Tonkin, en Algérie, à Madagascar, ils se préparent actuellement à guerroyer au Dahomey contre Behanzin. MAXENCE ROLDES

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