La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LE BANQUET DU LIEUTENANT ~UZON 211 .gouvernement, se trouveront en face du dilemme: évacuation partielle ou expédition. Je ne crois pac; qu'il se trouve, dans le Parlement, une majorité favorable à la limitation de notre occupation au delta, limitation que . les fanatiques de l'exploitation coloniale traduiraient << honteuse reculade ». Tous ceux auxquels le gouvernement accorde ou a promis des faveurs, tous les chauvins, les ignorants, les panurgiens, voteront avec -ensemble les crédits et les hommes nécessaires, beaucoup sans s'aper- •cevoir que cette expédition n'a d'autre motif que la << honteuse reculade » que nous effectuons, que nous subissons quotidiennement depuis 7 ans. Pour que ne soient pas vains les sacrifices faits jusqu'à ce jour, le pays s'en imposera de nouveaux, plus considérables encore. Depuis 1885, nos adversaires qui n'ont cessé de compléter leurs armements, -de perfectionner leurs connaissances militaires, et cela avec le concours de certaines puissances européennes, ménageront à nos infortunés soldats de douloureuses surprises, comme cela advint, en 1885, à Kep, à Bac-Vian, à Lang-Son et dans bien d'autres rencontres. Pour ne pas être accusé de pessimisme, je passe sous silence l'hypothèse 1 , cependant digne d'examen, d'une défaite. Lorsque, après avi9i'. à nouveau semé p·ar les rizières et les défilés plusieurs milliers d'hommes, nos troupes auront, par leur bravoure, réparé en partie le .-dommag-e causé par les agissements de quelques politiciens aussi ineptes . que criminels, il faudra, pendant des années et des années, maintenir .l'armée d'occupation, il faudra - pendant que se créeront les voies de communication, pendant que le capitalisme essaiera de mettre la main . -sur les richesses de ce pays, transformera en prolétaires, après les avoir :spoliés, tout ce que le Tonkin renferme d'artisans et de petits propriétaires - surveiller attentivement la frontière chinoise, empêcher l'infiltration des pirates, avec chaque jour l_a menace de voir les forces chinoises accumulées dans le Kouang-Si, dévaller par milliers sur le Tonkin, culbuter nos avant-postes, nous refouler à l'intérieur, comme jadis à Lang-Son. D'aucuns, je le sais, croient sincèrement à la possibilité pour la France, mème au milieu des actuelles difficultés continentales, d'arrêter une invasion chinoise ; je me plierai un instant à leur opinion. En admettant que nos troupes d'occupation soient assez nombreuses pour -comprimer à la frontière les forces ennemies, (on entrevoit de là )a facture annuelle), qu'arrivera-t-il? La lutte sera simplement déplacée, de militaire elle deviendra économique, et sur ce ter.rain nous sommes appelés à être éternellement battus, sans la vaine satisfaction des forts et des drapeaux enlevés à l'ennemi. Quand je dis nous, c'est une manière de parler p:)Ur désigner la nationalité des vaincus de la future lutte économique. Puisque le Tonkin est colonie d'exploitation - personne, que je

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