210 LA REVUE SOCIALISTE des pouvoirs extraordinaires qui font de lui un véritable vice-roi, en dépit de son incontestable compétence en matière de colonisation, le gouverneur actuel de l'Indo-Chine n'ait encore réalisé aucune des promesses, qu'aux applaudissements enthousiastes des coloniaux, il formulait l'an dernier, avec sa belle exubérance de méridional. Nous payons et nous payerons longtemps encore les conséquences de l'inqualifiable conduite de ceux qui, trompant l'opinion publique sur la marche de la conquète, sur les dispositions des indigènes à notre égard, entreprirent de légiférer, d'administrer, dans un pays qui était loin d'être nôtre. li fallait, puisqu'on avait commis la lourde faute d'y aller et qu'on faisait un crime de lèse-patrie à ceux qui plus clairvoyants parlaient d'évacuation, il fallait - et sur ce point je suis certain que ne me démentiront aucun de ceux qui ont impartialement suivi cette malheureuse affaire - prolonger l'occupation militaire. Mais pour ne pas ètre convaincus de mensonge aux yeux du pays tout entier, ces méprisables gouvernants dont une faible minorité décréta la mise en accusation, ou leurs successeurs ordonnèrent le retrait partiel des troupes, et ce pays, où fermentait la guerre civile, où par conséqu~nt il fallait des factionnaires, fut criblé de fonctionnaires grassement rétribués. Depuis lors, chaque jour a vu diminuer notre influence et s'enhardir nos adversaires au point que des hommes, fermement partisans des aventures coloniales, ont dù, à plusieurs reprises, signaler le danger et prononcer la condamnation de la gestion française au Tonkin. << La situation, je dois le dire, n'est pas aussi exagérée que le prétendent certains journaux; elle est grave, et 111ê11tr1èes grave ». Telle était, l'an dernier, l'appréciation de M. Le Myre de Villers, député de la Cochinchine. Vers la même époque, M. de Lanessan écrivait : « Les nouvelles du Tonkin publiées par les journaux et les ren5eignements personnels que nous en recevons, témoignent d'une situation à laquelle il est grand temps de reméJier si 11011s ne voulo11psas nous trouver en.Jaced'1111e ùrsurrection redoutable ». M. de Lanessan oserait-il prétendre, après Bac-Lé. que le mal a cessé d'empirer depuis un an qu'il préside aux destinées coloniales du Tonkin? Les pirates ou soldats chinois - que la Chine n'hésitera d'ailleurs pas à désavouer en temps opportun - terrorisent de;)UiS longtemps les environs de Chu et de Bac-Lé, leur cercle d'opérations va se resserrant autour de la capitale; dans quelques semaines ils seront à BacNinh et à Song-Tay, de là, aux portes d'Hanoï. Avant peu, la situation sera intenable. Le moment n'est pas éloigné où, comme jadis, les Chambres. le
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==