LE BANQUET DU LIEUTENANT :\IIZON 209 La vérité. c'est que la piraterie est organisée systématiquement, c'est qu'elle se produit dans des conditions qu'il suffit d'énoncer,mème rapidement, pour convaincre chacun de l'inefficacité des mesures répressives dont nous pouvons disposer là-bas à son égard. li convient d'abord d'établir une distinction, car selon qu'elle est chinoise ou annamite, la piraterie change de caractère, d'organisation, de puissance. Les pirates chinois sont groupés en bandes permanentes, armées de fusils à tir rapide, solidement équipées. aguerries - ce qui n'a rien de surprenant, l'étiquette de pirates désignant ordinairement dans ce cas des recrues chinoises qui passent coi1tinuellement la frontière. - Si l'on conservait le moindre doute à cet égard, il suffirait de considérer leur œuvre, qui est à peu près exclusivement militaire. Ces bandes résident dans les régions montagneuses, dans lc::s défilés, d'où elles peuvent harceler nos colonnes, faire le coup de feu avec les avantpostes, tuer quelques hommes et s'enfuir dans la brousse pour se reformer un peu plus loin. C'est par l'une de ces bandes qu'a èté surpris. le 9 juillet, le détachement en route pour Lang-Son. Avec la piraterie annamite le groupement par bandes n'est plus permanent, il ne se produit que lorsque se présente une occasion favorable, il est plus fréquent lorsque la récolte est mauvaise. L'objectif est, le plus souvent, le pillage d'un village ou la capture des sampans chargés qui descendent les nombreux affluents du Song-Coï ou du Taï-Binh. Pour réprimer de telles exactions, les fonctionnaires qui ignorent gènéralement la langue et le pay3, sont dans l'obligation d'avoir recours aux lettrés et aux fonctionnaires annamites. Or, ceuxci nous détestent cordialement, aussi est-ce avec beaucoup d'empressement qu'ils interviennent. non pour faire aboutir les poursuites, mais pour les faire avorter. lis savent fort bien qu'une telle attitude n'est pas pour déplaire à leur gouvernement. La cour de Hué est, on le sait, plus que jamais h.)stilc à notre établissement au Tonkin, elle encourage secrètement tout ce qui peut l'entraver et nous déconsidérer aux yeux des populations. Ajoutons que souvent les fonctionnaires annamites sont matériellement intéressés à ce que la piraterie s'effieurisse librement. Les pirates en usent avec les mandarins comme les pirates financiers européens avec certains journalistes et politiciens, et cela leur réussit admirablement. La discrétion des notables annamites est telle,que les pirates,leurs méfaits accomplis, n'ont pas même à s'éloigner du vi\lage où ils ont fixé leur rési~ dence. lis dissimulent simplement Jeurs armes et, tels des travailleurs rangés, prêts à fournir des renseignements aux Commissions d'enquête, ils assistent tranquillement aux recherches. Il n'est sans doute point besoin d'insister davantage pour que se dégage écrasante, irréalisable, avec les moyens actuels, la tâche assumée par M. de Lanessan. Sans effort l'on comprendra que, même avec 14
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