La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LE BANQUET DU LIEUTENANT l\IIZON' 207 Ferry, comme en les feux d'artifice le bouquet, se leva pour déclarer que << la politique coloniale dont il se glorifiait d'avoir été l'instigateur, et qui lui avait valu tous les outrages et toutes les calomnies et sur l'autel de laquelle il avait immolé sa popularité était aujourd'hui universellement approuvée, comme le prouvent d'une manière éclatante les hommages rendus au lieutenant de vaisseau Mizon ». li fallait évidemment la maladresse et le cynisme dont M. Ferry est coutumier, pour confondre sa triste politique coloniale avec l'œuvre de pacifique expansion dont le lieutenant Mizon est l'un des plus distingués et des plus vaillants représentants. Du discours de M. Ferry je ne sais que le succinct résumé précité. Les journaux à lui dévoués ont dLi reproduire sa harangue in-extenso ; je n'ai pas eu la curiosité de le savoir. Attitude et phrases seraient du reste assez faciles à reconstituer. On se représente aisément M. Ferry, précocement voûté, comme sous le poids de son impopularité, faisant de voix désagréable, sans chaleur, l'apologie de sa propre politique, disant dans un grand geste, le bras orienté vers l'lndo-Chine, quelles splendides espérances la France pouvait placer en ce Tonkin qui lui avait valu tant d'attaques violentes. tant d'amères insultes. 9 Juillet 1892. - Nous ne sommes plus rue de Rivoli, mais au Tonkin, sur la route d'Hanoï à Lang-Son. Sous un ciel gris, dans une atmosphère étouffante, la colonne militaire chargée du ravitaillement de cette dernière place s'avance péniblement au long de la route mandarine. Le détachement des troupes de France marche en tète avec ses éclaireurs, derrière, encadrée par des tirailleurs tonkinois, s'égrène la théorie des coulies, portant bagages et munitions. Depuis plusieurs jours l'on marche ainsi; Phu-lang-Thuong est déjà loin, hier le gite d'étape était le village de Kep ; Kep, encore plein des souvenirs tragiques de 1885. C'est là que la brigade de Négrier lutta pendant cinq heures contre les troupes chinoises, qui résistèrent héroïquement, disputant le terrain pied à pied, prenant parfois l'offensive et qui ne battirent en retraite, laissant par les chemins et les broussailles plus de 600 des leurs, qu'après un épouvantable combat corps à corps. J::tdes n6tres quelle hécatombe! Pèle-mêle, les chefs, les galonnés et les simples qui n~avaient rien à conquérir, que grisaient les grands mots, héroïsme, patrie, et qu'électrisaient les « en avant! », tombaient stoïquement sous les coups des soldats du Qµang-Si. Plus de 30 tués et de 60 blessés, sans compter ceux, combien nombreux, qu'on releva plus tard dont le sang n'avait pas coulé et que seul le soleil de midi avait foudroyés ..... Kep franchi, la route devient de plus en plus accidentée, encaissée entre de hautes montagnes, que vêt une flore superbe. Aux sommets,majes-

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