La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

. LUl'iDIS SOCIALISTES 203 mes de l'évolution économique, la liberté du travail n'est plus qu'une lég~nde et le peuple travailleur doit choisir entre l'asservissement aux grandes compagnies (ou à des collectivités patronales quelconques) et le travail socialement organisé et s'effectuant sous le haut contrôle soit de l'Etat, soit de la Commune. Par ce motif, il serait temps de se défaire de cette peur enfantine de l"Etat qu'affectent surtout, nous insistons sur ce fait, les bénéficiaires. du système capitaliste. Il est curieux d'observer comment dans certains cerveaux on raisonne toujours en se fondant sur des situations que l'on sait pourtant ne plus exister. Mais il y a si longtemps que le mot de liberté est opposé à toutes les revendications populaires. Comme toute amélioration, toute réforme, tout redressement dérange bu jours la liberté d'opprimer et de spolier dont jouissaient quelques privilégiés ou quelque catégorie de parasites, ils se servent du mot liberté contre tous les progrès sociaux. En tous les temps, les sophistes du libéralisme ont eu matière à protestation : l'abolition de l'esclavage a été une négation de la liberté des maîtres, toutes les affirmations du droit populaire sont un attentat à la liberté des rois, toute justice démocratique nouvelle lèse quelques libertés et quelques intérèts des classes dominantes ou exploitantes. Il y a de la sorte ,, un certain nombre de prétendues libertés qui ont historiquement cette destinée étrange, de se voir refoulées à mesure que la liberté tout court fait plus de progrès. Telle est la liberté de l'ignorance; telle est la liberté de l'héritage ; telle est la liberté des conditions léonines imposées par le patron à l'ouvrier ; telle est aussi la liberté du jeu. Toutes se résument peut-être en une seule, la liberté d~ l'exploitation. » En ces quelques lignes, Camille Pelletan a caractérisé exactement la situation. C'est bien de la liberté de l'exploitation industrielle que les économistes libéraux ont souci avant tout, et c'est pour la défendre qu'ils qualifient de liberticides toutes lois !imitatrices de l'oppression et de la spoliation capitaliste ; toutes les mesures promotrices de probité commerciale ou défenderesses des intérêts, généraux contre quelques puissantes rapacités particulières ou collectives. Pour les théoriciens du laissez faire, on attente à la liberté du travail, lorsqu'on s'attaque aux concentrations capitalistes les plus manifestement malfaisantes. Ils ne font pas d'exception, et pourtant, a remarqtré J.-S. Mil, il y a des choses qui ne peuvent devenir articles de commerce sans devenir nécessairement articles du monopole. En ce cas, le devoir de l'Etat est bien tracé ; intervenir au nom de l'intérêt commun et, au besoin, transformer en service public le monopole qui, entre les mains d'une compagnie financière. ne peut être et n'est qu'un instrument de profits particuliers et de profits d'autant plus considérables, que les travailleurs sont plus maltraités, plus exploités, que le public est plus mal servi et plus rançonné.

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