La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LUNDIS SOCIALISTES 201 tre les mains de la cla5se bourgeoise, qui déjà exerce le pouvoir politique, au détriment des intérèts populaires. L'objection serait fondée si les directeurs actuels des compagnies financières et des grandes concentrations capitalistes étaient, contre l'État bourgeois, Jes champions de b liberté humaine et de la justice économique. Il nous semble qu'il n'en est rien et qu'entre la bourgeoisie dirigeante et la bourgeo;sie exploitante, il n'y a divergence que lorsque, sous la pression du suffrage universel, les gouvernants sont obligés de défendre la pensée moderne contre les empiètements d'un cléricalisme agressif ou de garantir aux travailleurs Je droit d'association qu'on a pu introduire dans nos lois, mais que les capitalistes ne veulent pas laisser entrer dans les mœurs. Dans ces cas seulement (et autres, analogues), l'opposition des exploita'1ts contre l'État, selon eux trop démocratique, se manifeste ; l'on conviendra que ce n'est ni pour le progrès intellectuel ni pour le progrès social et que l'évincement par l'État démocratisé des parasites ploutocratiques, ne mettrait pas la civilisation en péril. A quelque point de vue qu'on l'envisage, la main mise de l'État sur les monopoles (qui d'ailleurs ne signifie pas nécessairement exploitation directe par l'Etat; il y a le système des fermages) serait profita- / ble à la dignité, à l'indépendance, à la sécurité, au bien-être des tra- 1 vailleurs, et nulle liberté ne serait par là mise en péril. \ L'organisation des actuels monopoles d'État est des plus défectueuse; cependant il faut bien reconnaître que les travailleurs qui en dépendent sont moins maltraités que les salariés des grandes compagnies et patronats collectifs quelconques. C'est là une vérité de fait qui se pa,;se de démonstration. Et combien serait améliorée la situation dans le système proposé ? Tout d'abord, il saute aux yeux que, dans une nation,aux oppressifs et onéreux monopoles actuels seraient substitués une rationnelle organisation des services publics nationaux et communaux, l'état capitaliste aurait fait place à l'état socialiste et qu'à la nouvelle ordonnation économique correspondrait une ordon nation politique adequate. Ce serait la République fédérative, d'abord nationale puis internationale, s'étayant sur de puissantes communes sociales aux attributions étendues. Tous les citoyens seraient par l'organisation collectiviste du travail, délivrés des servitudes, des insécurités et des dénouements du salariat; comment pourraient-ils dès lors être opprimés et exploités par Jeurs délégués professionnels d,ms l'atelier, administratifs dans la Commune, politiques ou économiques dans l'Etat? Nous pouvons hardiment dire que la socialisation graduelle des monopoles et des grandes concentrations capitalistes,au lieu de consolider la domination politique bourgeoise, comme le prétendent à tort

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