La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

18 LA REVUE SOCIALISTE donné pour quelque temps, il le réclamera de nouveau comme sa propriété. Pour ce qui regarde directement la répartition des propriétés et des richesses, Kant semble tantôt s'éloigner, tantôt se rapprocher du socialisme. Il affirme que la liberté et l'égalité politique des hommes ne peuvent co-exister sans l'égalité économique. Si aucune loi n'empêche l'homme dénué de toute propriété d'acquérir et de posséder, l'égalité est absolue entre tous. Au contraire, le socialisme déclare qu'à défaut de la loi civile, la loi naturelle des choses empêchera les pauvres de parvenir à la moindre propriété, mème par le plus rude labeur. Ici Kant parait en désaccord avec le socialisme.Bien mieux, Kant accepte et reprend la distinction d'abord décrétée par les lt'>gislateurs de la Révolution entre les citoyens actifs et les citoyens passifs. Celui qni n'a pas de« selbstandigkeit », c'est-à-dire qui ne possède pas lui-mème de suffisants moyens d'existence ou ne les reçoit pas d'un autre homme, celui-là n'aura pas le droit de suffrage. Et par cela l'égalité n'est pas blessée, puisque la loi qni n'est pas faite par tous est la même pour tous, et aucun obstacle n'empêche le pauvre de pouvoir arriver un jour à se suffire à lui-même. Cette distinction entre citoyens actifs et passifs, bien qu'elle nous semble contraire à l'égalité, est en quelque façon conforme au socialisme. Car celui-ci proclame le néant de l'égalité politique et philosophique; cPlle-ci n'est qu'une dérision, à moins qu'une suffisante quantité de biens ne soit à la disposition de tous les citoyens. De plus, les citoyens les plus pauvres, même en possession du droit de suffrage, sont passifs ta1Jt que leur existence est subordonnée à une volonté étrangère. Kant enseigne que celui-lù. seulement ~st véritablement citoyen qui possède la liberté et l'égalité avec des moyens d'existence suffisants, de sorte que la devbe de l'Etat ne devrait pas être comme chez nous: « Liberté, Egalité, Fraternité, » mais « Liberté, Egalité, Propriété ». Comme les salariés d'aujourJ'hui ne sont pas complètement citoyens parce qu'ils nepossè- <lent ni un fond de terre Hi une industrie qui leur soit propr~, comme aujourd'hui d'innombrables ouvriers vivent sous la dépendance d'une volonté étrangère, si l'on veut rouvrir les portes de l'Etat à ces hommes, il faut les faire participer à la propriété, il faut leur assurer d'une façon quelconque l'existence indépendante. N'est-ce pas là du socialisme? Au surplus, la propriété elle-mPme d'apd;s Kant, ne provient pas de la propre volonté particulière de chaque individu. Tout homme peut sans aide aucune occuper une part de terre. Mais

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