La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LES ORIGINES DU SOCIALISME ALLK\IA.ND 17 s'appelle Charles ou Louis, l'intelligence est frappée d'un certain effroi sacré, comme par un crime contre-nature. De tels crimes peuvent seulement s'expliquer d'une façon: Les hommes de désordre cràignent d'être eux-mêmes livrés au supplice par le roi qu'ils n'auraient pas tué.La conscience frémirait moins d'horreur, si ces scélérats massacraient le roi, comme un chien, sans aucun jugement. Mais l'institution d'un tribnnal où le peuple juge le roi, c·est-à-direoù la volonté du peuple juge la volonté du peuple, cela est en vérité une monstruosité. Tel est cet abime de crimes et de contradictions qu'il apparaît à ses scrutateurs de plus en plus profond et insondable. Par ces propositions (l'auteur leur applique le déterminatif méprisant « istis »), l'on a maintenant une suffisante aperception de la majesté et de la force accordée par Kant à l'Etat lui-même, en tant qu'Etat. La vraie puissance supérieure réside moins dans l'addition, l'assemblage, la juxtaposition des volontés inviduelles que dans une certaine volonté populaire intime et rationnelle. La recherche de freins et de précautions contre le pou rnir souverain est ridicule. En effet, le peuple ne peut être scindé en deux puissances suprêmes, dont l'une tienne l'autre en bride. Une et unique est la volonté du peuple : au reste, si le roi le veut, il franchira tout les obstacles qui lui auront été opposés: quant aux délégués, chargés de contenir le roi, comme ils en attendront toutes sortes d'avantages houorifiques ou matériels, soit pour eux-mêmes, soit pour leurs parents, ils deviendront les serviteurs de sa cour, et non ses gardiens. Quel que soit le suprême pouvoir dirigeant, il n'a pas reçu son droit à l'existence de lui-même, mais de l'Etat. Or, celui qui tire son origine rationnelle et non historique du peuple, n'est pas soumis au peuple. Cependant l'Etat n'est pas éternellement enchainé à ses institutioqs qui doivent être fondées sur le soulagement des pauvres ou sur la liberté des harangues. En effet, aucune in,titution n'a pu fonctionner sans le consentement tacite de l'Etat. Lorsque l'Etat estime surannée, telle ou telle façon de comprendre le gouvernement ou la constitution, et juge possible l'accomplissement de son but par d'autres institutions, il peut les changer ou en adopter de nouvelles. - Puisque tel est, d'après Kant, le pouvoir et le droit de l'Etat, il n'est pas besoin qu'il soit expressément d'accord avec le socialisme; il l'a certainement favorisé. En effet, si l'Etat estime que les conditions et les modes d'acq uisition des richesses ne conviennent plus ou ne sont plus en harmonie avec la nouvelle mentalité, avec la nouvelle situation économique, les richesses ne seront pas plus ét-ernelles que les institutions. L'Etat ne spoliera pas les propriétaires, mais ce qu'il avait 2

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