La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LES GRANDS FIEFS MODERNES 181 Il faut q~e l'on nous suppose biens ennemis de nos intérêts et bien ignorants des .faits pratiques pour avJncer une semblable allégation. Pour faire cesser toute équivoque, nous dirons quelles sont les véritables causes qui s'opposent à ce que le chauffage au gaz soit autre chose qu'un moyen de produire et d'utiliser la chaleur dans des conditions tout à fait exceptionnelles qui seront indiquées plus loin. Pour qu'un nouveau moyen d'utiliser la chaleur puisse prétendre remplacer ceux en usage, il doit, avant toute chose, réaliser le bon marché, la facilité d'emploi, et -0ffrir des garanties de sécurité. Examinons d'abord si le chauffage au gaz satisfait à la condition du bon marché. En résumé, lorsque l'on calcule avec des chiffres fournis par la-science, on trouve -que la dépense pour le chauffage au gaz d.éclairage ~st à la dépense du chauffage à la houille comme o, 24 c. est à 0,05 c. 6o ; Que le chauffage à l'hydrogène non carburé est au chauffage à la houille comme -0,50 est à 0,04 c. En présence de semblables résultats, comment peut-on prétendre que le chauffage au gaz soit un chauffage économique ? Si on examine la question au point de vue de la facilité de l'emploi, en admettant --que le gaz soit à toute heure à la disposition du consommateur, on ne doit pas oublier que pour porter le gaz dans chaque foyer, en dehors des dépenses d'usines et de la grande canalisation à la charge de la compagnie, il faut encore établir des branchements -extérieurs, des tuyaux de distribution intérieure, des robinets, des compteurs, des appareils de brûlage, etc., que tous ces agencements occasionnent des dépenses considérables à la charge du consommateur ; que d'un côté l'emploi rationnel du gaz est toujours très difficile ; que Id moindre négligence produit des excédents de consommation assez considerables ; que si, déjà on n"arrive qu'avec peine à régler l'émission du gaz par un bec servant à l'éclairage, ce sera bien autre chose lorsqu'il s·agira de régler l'émission ••dugaz pour le chauffage, considéré au point de vue de la question ménagère. Nous ne croyons pas utile d'énumérer ici toutes les autres raisons qui ne feraient -que corroborer ce que nous avons déjà dit pour prouver que le gaz considéré comme moyen de chauffage, est loin d'ètre d'un emploi facile. Il nous reste à examiner la question au point de vue de la sécurité pour le consommateur. A cet égard, l'usage du gaz, comme éclairage, a prouvé que plus il y aura -.de complication dans les appareils, plus on multipliera les brûleurs, plus on développera le parcours des tuyaux, plus les chances d'accidents augmenteront. Comme vous le voyez, Monsieur le Préfet, des raisons tout autres que cefles résultant de notre égoïsme et de notre prétendue incurie s'opposent à l'emploi du gaz pour le chauffage, et c'est déterminé par ces considérations, que, jusqu'à présent, ni le pro- -ducteur, ni le consommateur n'ont pu en naturaliser l'emploi. Alors, comme aujourd'hui, la tactique était la même : dénaturer les faits pour mieux arriver à ses fins. Puis, voulant frapper un grand coup, les compagnies parais- -sent s'indigner contre le scepticisme que rencontrent leurs déclarations et adressent au Président de la Commission Muni- -~ipale (mars 1854) la lettre suivante: Pendant les longs débats auxquels a donné lieu devant l'autorité compétente la -question du gaz, nous avons déjà eu à repousser des allégations calomnieuses qui avaient pour but d"atfaiblir la confiance à laquelle nos compagnies croient av_oir droit : cependant nous pouvions espérer qu'elles ne se reproduiraient plus. Il n'en est pas •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==