LA GUERRE TUERA LA GUERRE 171 même, puisqu'elle est la force et que la force prime le droit. La science et l'industrie y ont puissamment contribué; ce sont. elles qui rendent la guerre impossible et la forceront à se suicider. En contraignant tous les hommes à pratiquer sérieusement le métier de la guerre, exercices répétés, marches forcées de jouret de nuit, grandes manœuvres, et, le tout sous la précision terrible et nécessaire de l'obéissance passive, <le la discipl.ine la plus Iigonreuse, chacun sent, chacun comprend combien la. guerre est contraire aux mœurs, aux besoins <lela civilisation. Tel n'est pas, on le sait, l'a.vis du parangon des guerriers. modernes, de M. de Moltke, qui a prononcé ces paroles : « La paix éternelle n'est qu'un rêve et encore ce n'est pas. « un beau rêve. « La guerre est une institution de Dieu, un principe d'ordre- « dans le monde. « Sans la guerre le monde tomberait en pourriture et se- « perdrait dans le matérialisme. (1) » On voit que M. de Moltke est de l'école de M. de Maistre, qui, lui aussi, a déclaré que la guerre est divine, que le bourreau est la clé de voûte de la société, l'exécuteur de l'expiation, laquelle doit durer jusqu'à. la consommation des siècles, car le monde est un immense autel, destiné à être toujours imbibé desang. Le guerrier Prussien, en fait de philosophie, a des ancêtres. et un maître. Si M.de Moltke avait vécu au temps d'Aristote, qui était uneplus forte tête que lui, aurait cru, avec Aristote et Platon, quel'esclavage était d'institution divine, et que jamais les sociétfs ne pourraient s'en passer. Si M. de Moltke. avait coudoyé Jules César dans les Gaules. et qu'un inconnu fut venu leur annoncer que dans deux mille ans. on se parlerait à cent lieux, on s'écrirait à travers l'immense (l} On ne pouvait attendre mieux du soudard sans conscience qui a débutédans la vie militaire par le démembr~meot <le~sa patrie.(le l)anemar½) pat· lui traitreusemeut reniée aprés n"en avoir reçu que des bienfaits. Mais ce qui est. attligeant c'est de voir un Pie1Te Lafitte oser, en plein Collége de France, faire l'apologie de ces abou1inables paroles ~u Moltke que l'histoire exécrera, et oser qualifier de culte du cochon idéal, le souci de la paix entre les nations, le travail pour l'instauration de la justice parmi les hommes et pour le développement affectif, intellectuel et moral des êtres humains. Si les positi\"istes vrthodoxes approuvent de telles monstruosités, ils n'ont plus le droit de parler au nom du progrès; ils soLt les pires rétrogrades. LA RÉDACTION,
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