La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

170 LA. REVUE SOCIALISTE Il fallait beaucoup de temps pour en finir, malgré l'acharnement frénétique des soldats qui ont combattu à Wagram, à la Moscowa, à Leipsick. Aujourd'hui le foudre de Bonaparte paraîtrait aussi enfantin que celni de Jupiter sur le Mont Olympe. On ne pot-irrait compare1· les effets produits par la lutte de deux millions d'hommes, pouvus de nos engins de destruction supérieurs qu'à un cataclysme de la planète, tel qu'a été le tremblement de terre et l'explosion volcanique de Krakatoa, dans lïlc de Java, lequel déplaça un bras, de mer, fit périr en quelques minutes plus de cent mille personnes et porta ses cendres. à une telle élévation qu'elles parvirent en Europe. Nous avons déjà parlé du nombre et de rétroitesse des rapports des nations civilisées. On l'a bien vu lors de la guerre dela sécession des Etats-Unis. Le coton, produit très considérable de ce pays, manqua tout-à-fait sur les places de l'Europe. Des. centaines de mille ouvriers, en Angleterre, France, Allemagne, Hollande, Suisse, se trouvèrent tout à coup sans travail. De là, des protestations, des souffrances, des désastres financiers et des misères inflgées à longue distance à des populations inoffensives et nullement belligérantes, cela faisait pendant aux horreurs et aux désastres de la guerre. Quand elle touchai à sa fin, le Nord n'avait pas mois de douze cents mille hommes sous les armes. On peutjuger par ce chiffre de la beauté et de la g1·andeurde l'hécatombe offerte au dieu Mars non pas seulement en sanglantes victimes, mais en ruines et douleurs morales de tout. genre. Quand par les applications de la science et de l'industrie à l'art de la guerre, les hommes en arrivent à se trouver en présence, avec de telles forces destructives, ils y regardent à deux fois, ils y regardent si bien qu'ils demeurent en présence l'armeau pied. Personne ne se soucie de commencer et de risquer le paquet. On se dit, attendons, voyons venir. En Europe nous en sommes là. On se regarde de travers, on se fait les gros yeux, on s'injurie, de loin, comme les gondoliers de Venise. On se calomnie, on se menace, seulement on demeure sous les armes: ce qui est très fatiguant et ruineux; mais personne ne bouge. Certes, ·ce n'est pas à la raison, aux sentiments d'humanité et de justiceque l'on doit attribuer cette situation de paix armée. Cela est. regrettable sans doute; mais au point de vue où en est encore la moralité de notre pauvre espèce, il ,est plus sùr que cet état de paix résulte de la force des choses et de l'impossibilité de se faire la guerre. La guerre ne pourrait être anfautie que par la guerre elle-

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