LA GUERRE TUERA LA GUERRE 1G9 Voilà un premier et grave empêchement. En voici un second qui ne l'est pas moins. Quand on se bai avec des flèches, des lances, ou de mauvais fnsils et de mauvaise poudre, sans discipline et en confusion, eela peut durèr longtemps et ron peut recommencer le lendemain. Aujourd'hui il n'en est plus ainsi. La science et l'industrie, appliquée à la guerre, ont complètement transformé routillage de la destruction. Un seul croiseu-r de nos jours aurait facilement détruit à lui seul les flottes de Xercès, des Grecs et des Romains. Par des fusils qui portent avec précision, à raison de plusieurs coups à la minnte, à un kilomètre : par des canons, dont le tir atteint avec la même sûreté à huiL kilomètres avec des obus chargés de matières explosibles, avec des ballons captifs et d'autres qui sont libres et plus ou moins dirigeables, avec la télégraphie, la téléphonie, la vélocipédie militaire; avec les chemins de fer et les ressources dont disposent la science et lï11dustrie modernes, personne ne peut dire ce qui arriverait de l'affrontement de deux peuples, entrant en guerre, cha~un avec un mil'ionde soldats, au bout de quinze jours de mobilisation. Ce million serait suivi trois mois après d'un autre million d'hommes, tous préparés et dressés. En outre, un autre million de soldats de réserve viendrait encore soutenir les deux premiers, entrés en ligne. Et que serait-ce si la conflagration était g(:nérale? Je passe à une autre considération de haute importance. Il y a entre les nations civilisées des rapports d'industrie, si multiples, si nécessaires, si étroits, qu'un conflit entre deux peuples toucherait forcément tous les autres et les atteindrait dans leur prospérité, même sans qu'ils participassent directement à la lutte. Voyez-vous l'Europe, que dis-je,' le monde tont entier, sur la terre et sur la mer, dévoué à ces savantes destructions, à cés gigantesques tueries. L'imagination peut-elle se représenter nn spectacle aussi monstrueux ? Certes, les guerres de la Révblution et Je l'Empire ont mis l'Europe en face et lui ont bien coûté Pn vingt ans quinze millions d'hommes. Mais il importe de remarquer que l'outillage destructif, dont on disposait alors, comparé à celui de nos jours était enfantine~ misérable par son impuissance. Aussi, calculait-on qu'il fallait pour tuer un homme un poids de balles égal à son propre poi<ls. En face du nôtre un ·tel armement est tout simplement pitoyable et ridicule.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==