La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LES ORIGINES DU SOCIALIS)lE ALLE)IAND 15 industriel. Mirabeau au contraire, en digne partisan de la liberté économique aussi bien que politique, signale les écarts de l'Etat prussien en dehurs de ses bornes légitimes. L'Etat a seulement deux devoirs: il doit protéger les citoyens contre toute violence étrangère et maintenir au-dedans la justice et la sécurité. Quant à ce qui touche l'agriculture, le commerce, l'industrie, bien mieux l'instruction civique cela est uniquement dn ressort individuel de chaque citoyen, et non pas de l'Etat. Chaque citoyen est plus à même de connaitre ses intérêts que l'Etat qui voit et dirige tout de loin d'une façon générale et confuse. Lorsque l'Etat s'efforce de favoriser les intérêts particuliers, il opprime et étouffe, comme un hercule qui de son bras puissant voudrait retirer un grain de P,Oussièred'une fleur. Cependant, a.près qne ce souffle de liberté politique et économique eût imprégné les premières années de la Révolution française et comme rempli les poumons des philosophes allemands Kant et Fichte, ceux-ci, en présence des exemples contraires donnés par l'illustre Frédéric, s'éprirent à la fois de la liberté des citoyens et des droits de l'ELat, et s'efforcèrent de les concilier. Kant semble d"abord poser la liberté individuelle comme fondement du droit. Est libre l'homme qui doit et peut remplir sou devoir et obéir aux commandements de la loi morale. C'est par la liberté que tous les hommes sont égaux entr'eux. C'est la liberté et le devoir qui différencient les hommes des choses et constituent leur personnalité; donc personne ne doit pouvoir se servir de son prochain comme d'une chose; l'homme n'est pas nn instrument, mais sa propre fin. - Même dans la société civile, cela seulement sera conforme au droit et à l'équité, qui laissera. intacte la liberté de chacun. Mais lorsque plusieurs hommes forment une société, il n'est pas pern1is à tous de tout taire; il est nécrssaire de règlementer la liberté de tous, mais rien ne peut rétrécir la liberté d'un citoyen, si ce n'est le droit équivalent à la même liberté des autres citoyens. « Est donc juste l'action qui laisse subsister toutes les libertés dans une règle universelle. n Telle est l'origine ou plutôtl'essence même du droit. Pour tout ce qui regarde le droit public et le droit de l'Etat, aucune loi ne peut être imposée à un citoyen, si cc n'est avec son propre consentement. Tout le peuple légiférant sur tout le peuple, fait seul une loi juste. « Le pacte est social>>, << originel est le contrat>>, desquels émanent les lois légitimes. Puisque la République est cette forme de gouvernement qui appelle sans cesse tous les citoyens à la confection des lois par l'intermédiaire de délégués, la République est le droit entier et

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