La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

14 LA REVUE SOCIALISTE si<lent seuls au choix des ministres, lesquels no sont souvent pas plus compétents dans leurs services qu'un avocat qui serait chargé de la gestion des choses militaires. Quant aux discours et aux assemblées de délégués représentant plus ou moins réellement la volonté des citoyens, qu'était-ce autre chose que l'organisation d'une anarchique et imbécile comédie? A quoi servaient à l'Allemagne ses diètes? A la vérité les députés parlaient mais ils ne faisaient rien et ressemblaient à des« chiens aboyant vers la lune>>. En France, depuis l'année 1614, le peuple n'avait plus été :appelé dans ses comices, et, en présence de la domination royale, du luxe de la conr, et des dilapidations des finances publiques, toute la nation n'attendait plus le rétablissement normal des .affaires et de la liberté que de la convocation des délégués du peuple tout entier. De là chez les Français ce respect <luparlementarisme. Dans l'Allemagne, au contraire, arbitrairement sémiettée en d'innombrables petits états appartenant parfois iL des rois étrangers, quo pouvaient représenter les diètes, si ce n'est cette funeste division, cette anarchique dérision d'une patrie commune? Le salut n'était donc pas espéré d'une nation nux sentiments si épars, si dispersés, mais bien d'une monar- -chie qui adjoindrait les autres principautés à son unité fortement constituée. Cette opposition de la France et de l'Allemagne au sujet de l'Etat apparait lumineusement dans un excellent livre s11r la monarchie prussienne écrit par Mirabeau et livré à la publicité l'année qui précéda la Révolution française. Sous le roi Fré- ·déric l'Etat s'ingérait dans toutes los affaires aussi Lien économiques que politiques; le roi lui-même était un grand propriétaire. et ses domaines étaient affermés pour six ans. N'était-cc pas là une première image du collectivisme agraire? Le roi 110 se contentait pas de proposer: il imposait souvent aux :iutres propriétaires certains modes de culture, de labourage et d'ensemencement; il ne conférait ni terres ni bénéfices, sans faire promettre l'adoption du modo des cultures royales. L'Etat était industriel, administrateur dos mines, et même filateur dans un grand édifice appelé « Lagerhau:s ». - Lorsqu'une i ndLJstrie privée périclitait, le roi la nationalisait aussitot, et, comme le <lit Mirabeau, les entrepreneurs devenaient des ·employés. Le monopole de plusieurs commerces, de grains, de pois- -sons, était concédé à des sociétés qui en partageaient le bénéfice avec le roi, c'est-à-dire avec l'Etat. Ainsi Frédéric a pour ainsi <lire tracé le premier une esquisse du collectivisme agraire et

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