La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LES ORIGINES DU SOCIALISl\IE ALLE1!AND 15!) l'Etat soit forcé de la réprimer et de la contenir. Ainsi l'Etat peut être un frein à la religion; la religion ne peut pas être la base fondamentale de l'Etat. Si la religion offrait une consolation aux hommes contre l'oppression des tyrans et favorisait ainsi cette servitude contraire à l'essence de l'Etat, non seulement elle ne serait pas le fondement de l'Etat, mais son dissulvant. La religion est, par le sentiment et la foi, la relation subjecti ve de l'homme avec l'absolu. Dans l'Etat, au contraire, l'absolu parvient à la réalité, Dieu à l'objectivité; et celui qui soumettrait l'Etat à la religion soumettrait l'objectivité à la subjectivité. C'est là le fanatisme qui brùle de tout conformer à la subjectivité de chaque homme. Le sentiment religieux renfe1·me ponrtant une certaine vérité. En effet, lorsque l'àmA de l'homme se tourne subjectivement vers Dieu et l'absolu, qn'il l'adore et lïmplore, par cela même il avoue que Dieu _n'estpas tout entier traduit dans l'objectivité ùn monde. C'est pourquoi la religion comprend combien est énorme la transition de l'intime à l'extérieur, combirn est immense cette formation de la raison dans les choses. formation à laquelle coopère toute l'histoire du monde. Mais lorsque par la religion l'homme a constaté la grande difficulté et l'imperfection de la formation de la raison dans les choses, formation à laquelle tout le monde collabore cependant de toute éternité, si cet homme veut substituer sa vaine subjectivité à l'œuvre du monde tout entier et de l'histoire, si dans son isolement il espère par lui-même mieux dispo-- s0r Dieu alors qu'il a lui-même été façonné par l'évolution universelle de Dieu. il est insensé et délire. Ainsi l'Etat est autant supérieur à la religion que l'objectivité de Dieu l'emporte sur la subjectivité particulière de chaque homme. Bien qu'elle se suffi.se à elle-même, la science ne pPut ètre séparée de l'Etat. En effet le r6le de l'Etat ne se borne pas à protéger l'ordre et à allumer des lampes aux coins des rues. L"Etat est une vérité divine; donc l'Etat a sa doctrine, conforme à son esseuce: cc der Staat hat·seine Lehre ». L'Etat a sa philosophie; étant, l'union de l'individualisme et <le l'universalisme tt la forme parfaite de la liberté extrême, il -est conforme à Dieu qui est la liberté suprême se désirant ellemême et se manifestant dans les choses. Donc celui qui comprend pleinement l'Etat et vit véritablt-ment dans l'Etat, ~elui-là comprend le monde et Dieu, et vit en Dieu: admirable doctrine qui ne retranche de la vie ni la religion, ni la science, mais embrasse à la fois tontes les facultés de l'homme, toute la nature humaine, et les divers aspects dn vrai, pour n'en faire qu'une vérité une.

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