La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LES ORIGINES DU SOCIALIS).lE ALLEMAND 13 rables pour la satisfaction de ses appétits etde ses dérèglements;- de la sorte elle semblait n'avoir abattu les petits brigands et tyranneaux de la noblesse qu'afin cle demeurer le seul grand brigand, le seu1 grand tyran. Ainsi la monarchie absolue offusquat concurremment la raison, la liberté et les intérêts des. citoyens. De là surtout les revendications des philosophes, en faveur de la liberté individuelle de chaque citoyen, à la fois contre la monarchie et contre l'Etat si longtemps confondu avec la royauté; de là leur résolution à brisèr indistinctement toutes. les entraves apportées par l'Etat à la liberté de l'homme et du citoyen. En Allemagne, au contraire, l'origine récente de la royauté lui permettait de se ~onformer aux exigences des temps nouveaux, de se plier pour ainsi dire à la nouvelle mentalité des. hommes. L'électeur de Prusse étant devenu roi dans les premières années du XVIU• siècle, les rois de Prusse ne pouvaient,. comme ceux de France, invoquer l'autorité presque fternelle des siècles et se forger d'après d'obscures et antiques origines une puissance mystique et surnaturelle. Le roi de Prusse était un roi nouveau, dans le même sens que l'on dit un homme nouveau. Et, après avoir embrassé la Réforme, il ne pouvait plus recevoirde l'Eglise une autorité divine; c'était un roi nouveau et entiorement laïque. Frédéric II était assez philosophe, non seulement pour con-- venir de sa royauté nouvelle, mais encore pour s'en enorgueillir. Souvent dans ses écrits il vante les bommes nouveaux et ne reconnaît d'autre différence entre les hommes que celles du talent et de la vertu. Et lorsqu'il décrit toutes les cours royales de l'Europe de son· temps et leurs souverains vaniteux et orgueilleux et comme étouflés par les prêtres et les moines, « laissons, s'écrie-t-11, tous ces histrions, ces bouffons, tantôt vètus de pourpre, tantôt portant la mitre. >> Quel est donc le fondemP-nt, quel est le titre légal de la nouvelle monarchie prussienne? Un seul, à savoir qu'elle rapporte tout au bien public, qu'elle rassemble et concentre les forces dispersées et disséminées des citoyens. - Le droit de l'Etat consiste en ceci: de plusieurs volontés faibles faire une volonté forte; le droit de la monarchie repose sur la confusion d'un roi avec l'E~at. - L'anarchie est ce que Frédéric déteste et méprise le plus. Or l'anarchie se découvre même sous des apparences monarchistes, lorsqu'en France Louis X.Vne gouverne pas par lui-même, et ne réunit même pas tous ses minis-- tres en conseil directorial, lorsque chaque ministre est livré à ses propres inspirations, - lorsque la légèreté ou le h&sardpré-

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