LES ORIGI~ES DU SOCIALISl\IE ,t\LLEl\IAND 157 losophie hégélienne très inférieur à l'Etat. Celui-ci est un autre moment de la liberté, et comme une sphère plus élevée. Ainsi mêmP, aujourd'hui, les vrais socialistes allemands, les violents adversaires du chancelier Bismarck., Bebel, Liebknecht et leurs amis, ne regardaient pas les projets du chancelier comme du socialisme véritable, mais comme un premier acheminement, comme une sorte de préparation extérieure au Socialisme. Bebel et Liebknecht n'11ttendent pa;; seulement de l'Etat cette fansse unité extérieure qui abandonne encore chaque citoyen â l'impulsion de ses caprices et se contente d'adoucir les heurts, les plaies et les blessures occasionnés par la concurrence; ils en attendent cette véritable et suprême unité dans laquelle tout homme élhera et déploiera en même temps et d'un commun accord sa propre nature et aussi toute la dignité,tout le bonheurdu genre humain. Ainsi, quoique Hegel n'ait en aucune façon développé le collectivisme, la prédominance donnée par lui à l'Etat sur la société civile et le socialisme qui y correspond, le rapproche ccpenùant moins de Bismark que de Bebel et Liebknecht, qui, bien au-dessus d'un médiocre et faible socialisme civil, proclament la véritable unité justicière de l'Etat. Quel est-donc l'Etat hégélien? L'Etat e:st l'union solide et parfaite« de l'individualisme et de l'universalisme». L'Etat ne doit rien imposer aux citoyens qui puisse blesser quelque individualité; d'autre part les citoyens ne doivent rien exiger, rien attendre de l'Etat qui soit susceptible de les mettre en dehors de la norme universelle de la nat.ure humaine. Dans. l'Etat la volonté de chaque homme tend à l'universalité, c'est-àdire vers l'infini; en l'Etat et par l'Etat la liberté est enfin vérL tablcment absolue. Dans l'antiquité l'Etat opprimait l'individu, et ainsi il n'était pas sincère, mais faux et menteur; présentement, au contraire, il y a des philosophes qui abandonneraient chaque citoyen aux témérités de sa volonté et laisseraient l'Etat. se former d'après le concours fortuit des volontés individuelles. Ceux-ci bouleversent également l'Etat par la confusion de l'individualisme parfait et de l'universalisme parfait. Donc quelle que soit l'origine historique des Etats, quelle que soit la façon dont les hommes se sont accordés dans l'Etat, elle est. divine l'essence de l'Etat. En effet puisque dans l'Etat la liberté devient absolue et infinie, l'Etat est divin cc der Staat ist gœttlicher Willer ». Le procès de Dieu, sa marche dans le monde est pour que l'Etat soit: « Es ist der Gang Gottes in der Welt, dass der Staat ist >l. Il peut y avoir des Etats mauvais et i11justes; les Etats peuvent sortir de l'essence et du concept de l'Etat; néanmoins l'Etat, en tant qu'Etat, est divin. Puisque c'est en
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