La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LES ORIGIXES DU SOCIALISME ALLEMAND 155 pouvant ni se nourrir ni subvenir à leur entretien. Celle-ci se trouve rejetée hors de la société civile par le fait même qu'elle ne trouve pas dans cette société plus d'avantages que si elle errait à la manière des bêtes dans la solitude des forêts. Déraciner la pauvreté, voilà la première et pressante préoccupation de toutes les société civiles. La question du paupérisme, telle est l'actualité qui trouble et tourmente les $OCiétés.Mais comment la société civile arrachera-t-elle le paupérisme? Elle ne peut imposer et fixer le travail de chaque citoyen, car elle opprimerait l'individualité des citoyens, laquelle ne doit pas être rabaissée mais relevée selon nne loi universelle. Dans l'antiquité, c'est par la servitude du grand nombre, par le travail imposé de force, qu'ont été construites les Pyramides. « Cependant si la liberté individuelle proteste contre toute coërcition, il est pourtant nécessaire, en présence de la violence ou de l'ttvenglement des appétits individuels, que la société civile les ramène à une cèrlaine règle universelle, et qu'elle empêche l'éclosion ou tout au moins diminue la nocuité des inévitables heurts et blessures, des collisions fatales. - Même lorsque la société civile a accompli tout ce qu'il est actuellement convenu d"appeler des services publics, lorsqu'il a éclairé les villes et les chemins, lorsqu'il a construit des hôpitaux et des asiles pour les malades, lorsque, par une taxA, il a empêché le prix des objets et des aliments de première nécessité de dépasser lenr juste valeur, il n'en reste pa3 moins beaucoup de citoyens plus ou moins soumis au caprice du hasard selon leur habileté, leur force physique ou leur fortune (capital). La famille ne devrait-elle pas veiller à ces accidents et venir en aide à tous ceux qui n'ont pas été favorisés par le sort? La famille est comme un tout substantiel« das substantielle ganze » Jans lequel chaque citoyen retrouve, pour ainsi dire, une providence naturelle, lorsque lui-même n'est plus capable de travailler et de se soutenir (Unfrehigkeit). Mais la société dégage chaque homme du lien familial et détache chaque rr1embre ae la famille des autres pour en faire une individualité dépendant seulement d'elle-même. Donc la société civile se substitue pour ain!<idire à ce ·gouvernement paternel etfarnilial où les lH•mmestrouvaient une certaine subsistance, et les soumet à elle-même, c'est-à-dire aux hasards. Ainsi chaque homme devient « le fils de Lasociété civile », el en elle il a autant de droits que de devoirs».<< En conséquence la société civile, en tant que famille universelle tallgemeine familie) a le droit de protéger les enfants contre les fantaisies ou les insouciances des parents et de diriger leur éducation ; elle a le droit d'élever les enfants

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==