15i LA REVUE SOCIALISTE contrat reliant toutes les individualités sans enlever à chacun son individualisme. Il est donc nécessaire que chaque volonté s0it renfermée dans un certain ordre concret et naturel, grâce auquel elle tende, non pas d'une façon abstraite, mais en réalité, vers l'universalité. Voilà l'origine de la famille, de la société civile, de l'Etat lui-même. Alors seuleme11t commencent véritablement des mœurs concrètes et vivifiantes (ce n'est plus la « morali tàt » mais la « si ttlichkei t ».) De la famille nous dirons seulement qu'elle a soumis des volontés différentes à une unité vraie et vivante, c'est-à-dire à une vél'itable et vivifiante liberté. Les nations une fois formées par l'extension et la mulliplication des familles, les personnes de chaque famille, appal'aissent de nouveau comme des volontés individuelles en présence des personnes des autres familles, et fatalement ces volontés doivent rechercher nne nouvelle forme d'unité; d'où la société civile (bürgerliche gesellschaft) qu'Hegel distingue nettement, de l'Etat. En effet, c·est dans l'Etat, comme nous le constaterons bientôt, que la volonté de chaque citoyen trouve sa pleine liberté dans l'universalité de la loi etdelaviecivique. C'est l'Etat qui donne à l'homme la plénitude de vie et de liberté. Chaque citoyen se rattache à l'Etat non pas par son caractère d'avidité personnelle et individuelle mais par son caractère d'humanité et d'u11iv~rsalité. Cha~ue citoyen se retrouve d'autant plus dans l'Etat qu'il se sera, au préalable, davantage oublié lui-même. Dans la société civile, au contraire, chaque citoyen est relié aux autres plus par nécessité qu'en vertu d'un contrat comme dans les sphères du particularisme propriétaire. Chaque citoyen à besoin des autres citoyens afin de vivre en sécurité, voire mi:'me tout simplement pour vivre. Chacuu doit acheter et vendre; le travail est réparti entre divers artisans et ouvriers; la division du travail réduit chacun à n'être qu'une part, une minime portion de l'homme. De cette nécessité réciproque qui assujettit tous les hommes les uns aux autres est née la société civile; elle a pour base le système de la nécessité, du besoin « Bedürfnisse-system 1>. Ainsi chaque citoyen est strictement lié et attaché aux autres par un lien pour ainsi dire extérieur, puisque 11.:plropre avantage de chacun dépend des autres citoyens, et que là apparait non pas la véritable universalité, mais seulement, si l'on peut s'exprimer ainsi, la chlîne continue de toutes les individualités. Cependant la société civile a elle-même des devoirs à l'égard de chaque citoyen; son premier soin doit ètre d'empêcher le paupfrisme, c'est-à-dire la formation d'une classe de misérables ne
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