La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LES ORIGINES DU SOCIALIS:llE ALLE:IIAND 153 acquièi:ent des biens et des richesses non par l'indétermination de la volonté humaine mais par l'individualité du caractère, des forces et du travail. La propriété elle-même est une particularité individualiste; chacun a le sien et est exclu de ce qui appartient à autrui. •L'homme ne possède pas comme volouté indéterminée, car l'indéterminé n'est pas possédé. Aussi ils se trompent lourdement ceux qui réclament l'égalité des biens entre les hommes comme convenant à l'égalité des hommes eux-mêmes. En effet, les hommes sont égaux en tant que volontés non pas individuelles mais indéterminées; or l'indétermination n'aboutit pas à la propriété. Tout homme à le droit d'affirmer son individualité par la propriété. La propriété privée (privateigenthum), injustement condamnée par les cités antiques est un monument légitime ùu procès de la liberté. Mais de même que le libre arbitre doit être orienté sur la règle universelle de la raison, de même, par un pacte entre tous les hommes et l'acceptation universelle de la propriété, la propriété elle-même tend vers l'universalisation; d'où le droit positif et les lois sur la propriété. Hegel méprise et déteste les philosophes qui veulent maintenir la volonté humaine dans une sorte dïndividualité appelée par eux liberté extrême et absolue. Ils n'admettent pas la raison, c·est-à-dire la règle universelle, mais seulement le capri0e de l'inspiration individuelle. Dans le droit civil ils n'admettent pas d'autres lois que celles qui dérivent de la conscience intime de chacun. En politique, ils ne veulent pas d'autre ordre que celui qui nait scion la volonté libre de chaque citoyen. Et dans les arts libéraux, ils n'acceptent pas d'autre règle que celle que se forge chaque artiste d'après son talent et sa nature. Telle n'est pas, dit Hegel. la liberté vraie, mais une vaine image de la liberté. Est belle non pas l'œuvre dans laquelle apparait l'individualité de l'artiste, mais celle où resplendit la beauté universelle. Dans Lesstatues de Phidias, ce que l'on retrouve, ce n'est pas Phidias lui-même, mais L'imagedes dieux; comme Labeauté, la liberté vraie réside dans l'universalité. Les volontés individuelles des hommes sont reliées par des liens juridiques. D'après Kant l'essence mème du droit consiste dans L'exercice d'une liberté parfaite qui ne nuit pas à la liberté d'autrui. Ce n'est pas là tout le droit, mais une partie du droit. D'où la naissance de contrats entre les hommes et de justes possessions; de là aussi l'origine de la moralité, lorsque chaque homme s'abstient de nuire à son prochain. Mais cette moralité est imparfaite et abstraite, si chaque volonté humaine demeure comme séparée et éloignée des autres volontés ou se rattache seulem~mt aux autres volontés par un , ..

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