La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

12 LA REVUE SOCIALISTE -que. Lors de l'établissement de la dernière race royale, lorsque le premier Capet monta sur le trône, l'autorité de la religion ~hrétienne était encore pleine et entière; tontes les intelligences étaient tournées du côté de l'Eglise, toutes les espérances du côté du ciel. Tous croyaient sincèrement et fermement aux choses extra-naturelles. Aussi les rois apparaissaient-ils comme des délégués, des instruments de Dieu. C'est de Dieu qu'ils avaient reçu le pouvoir royal; c'est pour Dieu qu'ils devaient l'exercer. Et comme les rois empruntaient au Ciel, pour se l'approprier, cette énorme autorité presque divine, ils se conciliaient l'affectueuse vénération des hommes par de grands égards pour les faibles et les humbles. De là cette dévotion envers le roi Louis IX à la fois pieux et juste. De là, mème au XVIIe siècle, lorsque déjà le poids de la monarchie absolue commençait à paraitre plus lourd au peuple et qne les splendeurs de la gloire de Louis-le-Grand ne masquaient plus suffisamment les misères populaires, l'évêque Bossuet définissait encore le roi comme Dieu lui-même sur cette terre. Cependant, de temps à autre, dès le XV• siècle, des idées nouvelles étaient venues saper les fondements mystiques de la monarchie. Ce fut d'abord la résurrection des lettres latines et grecques, c'est-à-dire l'antiquité elle-même se réveillant d'un long sommeil. Comme cette antiquité avait voulu expliquer le monde par la raison et fonder les états sur la liberté, le supranaturel se dissipait sous un souffle plus libéral, plus humain, de mème que les nuages se dispersent sous un vent vif. Ensuite la Réforme ébranlant l'Eglise elle-même frappait et troublait du mème coup la monarchie de droit divin qui s'appuyait sur 'l'Eglise. Et comme tout chrétien était désormais aussi près de la Divinité que le prêtre ou le roi et même plus proche s'il cherchait à plaire à Dieu, il n'existait plus dan~ la société égalitaire des chrétiens de région élevée pour les rois où la majesté de Dieu se cornplaisait de préférence. Enfin, lorsque la philosophie française du XVIIIe siècle commença ses analyses et ses investigations et entreprit de remonter jusqu'aux éléments et origines de toutes choses, lorsq1,e la figure elle-mème du Christ décrut et disparut dans la médiocrité humaine, la base mystique de la monarchie et de l'Etat fut arrachée jusqu'aux racines. Et parce que l'Etat et la monarchie avaient paru mêlés aux 8uperstitions abolies, la monarchie eilemême s'évanouissait comme une superstition. :Enmême temps la royauté, qui parfois avait protégé les humbles et les faibles contre la violence et les rapines des nobles, opprimait à présent et blessait de toutes façons ces misé-

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