La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

11G LA REVUE SOCIALISTE ram'.l!'~a la vieille, on l'at!acha à la selle d'un cavalier et la foule battit ries main.,. Je n'ai point demandé à qui s'ar]ressaient ces applaudissements: à ceux qui trainaient cc déb1·is humain, ou à celle qui venait de la souille1·. >> ELc'est toute celte tourbe lâche el vile d'insulleurs qui quelqms semaines annt, a\'ait. adulé, flatté, encensé, rAllemand Yainq,rnur, pendant que les fils héroïques du grand Pa,·is,•les pùle:s faubouriens, mouraient aux avants postes. El ce sont ces misérables francs-fileurs.qui ont le plus cl,nné leu1· indignation et protesté de leui· patl'iolisme quand l'écemnH:11t encol'e nos courc1geux amis Descaves et Darien déno11c;:aienlflagellaient Jans les Cltapons, une si écœurn11tecoual'dise. Qu'on dise un peu quels sont les vrais sans pntrie, de ceux·-1a qui n'ont p::isdéfendu leurs propriétés et leùrs biens et de ceux qui lout en p1·oclamant la République universelle,défenJaient d'aborJ contre un Lyl'an la République Françaii-e. Chaque rue était ganlée et chaque angle formant carrefour amit son factionnail'e. JI n'était point, alo1·s. aisé de circuler dans Ycl'saillcs. La voix peu aimable des sentinelles, sitôt la nuit venue, vous a1·1·ètait et. pour continuc1· ~a route, il était néces!>aire de dêcliner son nom, son adresse, de dire où l'on se rendait. L'un de• mes amis, l\I. C de B ... , fl:s d'un haut fonctionnaire de la Compagni<' des ch"mi11s de fel' rie l'Ouest, ayant été appréhendé aux portes de la ville, et ayant fourni sui· sa p:·omenade des explications qui ne parurent pas ~uf'fisantes, fut conduit pal' les rues, au milieu d'un peloton de chasseurs. et ('0111111•: il était bien mis, la foule le p1·it pOUI'un chef communaliste, exigE:anL , 1u'il rnlcv,h son vftcment ainsi que son chapeau. On le jeta malgré ses prote,tat ions. malgré son identité criée à tons les vents, dans les raves des l'etites Ecuries, et ce ne fut que quati·e jou1·s après cette an,nture qu'il 1e<·ou,Ta sa liberté, sur la demande formelle de M. Kern, ministre de Suisse en F1·anre et ami personnel de son µère. DïnlcrYalle eu intenalle un hruit, une sorte de crépitement, comme le r,1tii<'ment de hillE:s !ancées sur une lame de ve1·1·e,montait dans l'air du rûté ◄.!e Satcry. On savait, à Yersaillcs, ce que ce bruit signifiait: on tuait, là-haut, ,Jt:s (< con,munards " et c'était autant <.lebesogne épa1·gnée aux const•ils de guc:r1·c qui siégeaient en permanence. La rnciété élégante réunie à Versailles s'aventurait volontiers Ycrs Satory, Jl0u1·as$ister aux exécutions sommaires. L'autorité militai1·e offrait aut <( belles madames ,> des cartes <l'entrée et ,!r faveur pour visite\' l'arsenal (les Doeks) où étaient parqués les p1·isonnicrs et on avait grand'chance en cet enclos, de rencontrer quelques malheu!'eux dirigés vei·s une douzaine de fusils vengeurs toujours p1·èts. La foule qui se p1·essait dans la cité du Roi Soleil se partageait, d'ai:leurs, entr<' le spectacle des convois de prisonniers, celui des f11sillades à Satory et celui, non moins suggestif, de l'Orange1·ie où l'on avait entassé, pEéle-mêle, Je trop plein ries Petites Ecul'ies, de l'arsenal, des prisons et de:, entrepôts de la gare d<'SChantiers. Du haut de la terrasse du château, on pouvait contemple!' les infol'tunés, ,:éten11s sous les voutes de !'Orangerie ou allant et venant, dans l'acromplis- ~cmcnt de corvées, les fers aux pieds, au travers du jal'<lin attenant aux bàtimcnts.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==