., JOURNAL DUN VAINCU 145 Une pluie diluvienne survint qui diminua le nombre de nos insulteu1·s. A six heures nous arrivâmes au camp de Satory. Tout cela est la preuve éviden Leque les soldats obéissaient il ctes ordres .Précis. Jamais dans le pillage d'une ville prise d'assaut ùans le massacre de ses défenseurs, on n'a procédé avec aulànt cte méthode et de sang-froid. Il y a là, on peul en convaincre, l'indice d'un calcul politique des plus monstrueux que Thiers était seul à pouvoir concevoir. Il convient de rapprocher de ce chapitre des souvenirs de Gromier, quelques pages bien expressives de la préface de M. Pierre de Lano. << ;\fais lorsque j'exhume mes souvenirs pe1·sonnels (j'habitais Versailles en l8il} et lorsque je les place en regard de ceux que je publie, je ne puis me défendre. d"un sentiment d'inénarrable tristesse en songeant à la joie bai·- l,al'e des v,,inqueurs; d'une imp1·ession de violent effa1·ement en songeant au long et suprême bêlement des troupeaux parisiens conduits au t1·ave1·sde la ville vi<'to1·ieuse, vers des abattoirs ignorés. « Ce n'est point là une déclaration de partisan, la phrase d'un human'- taire, l'émotion factice d'un don Quichotte amateur, c·est le cri d'un homme qui, tout jeune, fut tt-oublé par le calvaire de malhellt'e11x qui, eux aussi, éwient <.leshommes, qui étaient des compatriotes et qu'une plus jusw application des lois, dans la répression même, eùt dù protéger. Mais on oulJI'.a qu'il:; étaient et des compatriotes et des hommes. « Ycr~ailles, pendant et après la Commune eut une physionomie bien parti.culiè1·e, bien cut·ieuse: dans le tourbillon incessant des soldats et des bou,·- geois qui se mêlaient, cette cité avait l'aspe~t. d'une foJ'teresse et d'une ville d'eaux tout ensemble. « Les mililait·es y étaient les maitl'es; mais les femmes avec leurs toilettes, y semaient <'Omme une note de gaité, d'indépendan~e et d'insoucianre que te ranon, crachant à toute volée s111·Pat'is sembhiit seul, à ce1·taines heures. assombrir. Les règnes de Louis XIV el de Louis XV mirent la ferr.me à la mode, à Versailles. La Commune, sans le vouloir, et par un IJizarte retou1· ries choses, rendit à la femmE>,dans Versailles, sa royauté. « Comme si on eùt vécu en ,les jou1·s sereins,ce n'étaient que réunions,q11e rfceptions. que dinc1·s et soirées de tous côtés. « En chaque maison, presque, chantaient des musiques et, quand la nuit Ptait belle, on s'en allait ert compagnie galante, sur les hauteurs de Clagny, voit·, dans le ciel, passer, .;omme deJ étoil~ filantes, les lJombes et les obus qui_couraient vers Paris dans un écrasement de flammes. On s'en revenait, un peu romme le coute Rabelais,·« dodelinant de la tête ... » avec des pousf'ées de printemps tout plein soi, tandis que là-bas, dans la plaine et d;i.ns la gt·an<l'ville 0n mourait. « Le joui· apport11it d'autres distractions,d'aufres spectacles; c'étaient ,-tinsi que le dit 111. Gromier, de longs convois de p1·isonniers tt aversant la ville tt i'on mar<'hait au devant de ces convois, on faisait la haie, sur le passage lamentable des loqueteuses théories d'hommes, de femmes et d'enfants; on <Tiait, on injuriait, on frappait, on tuait même, sans pitié. J'ai vu, de mes :yeux vu. puu1· employer le cliché traditionnel, une très élégante jeune fille ~•acharne1· sut· une pauvre vieille - une pétroleuse - affaissée, et maculer de IJoue son douloureux visage de moribonde - de morte vjvantt•. On 10
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