114: LA REVUE SOCIALISTE Dans Saint-Cloud, le long de la montée du Château, trois vieillards s'assirent et déclarèrent ne pouvoir aller plus loin, on les poussa derrière nous à coup de crosse de fusil, jusque dans la grande allée du parc qui traverse le chemin et ils furent fusilles. JI y avait une ambulance dans le parc ; son directeur obtint la permission de faire distribuer du pain et de l'eau à nott-e troupe lamentable. J'i)!nore le nom de ce digne homme, il nous sauva la vie. Nous agonisions litté1·alement. On découvrira sans doute à qui doil incomber la responsabilité des ord1·es donnés à l'armée pendant la r~pression car, loul ce que dit Gromier au sujet des infàmes intenlions des viclol"ieux est corroboré par d'autres dépositions et Hic!Jepin dar1s Cesarine a é lé l!'ês explicite à ce propos. Il affi1·me avoir vu enlever les chaussures à des cadavres de communaux. Je cite le passage : A la barricade de la rue Vaugirard il y avait maintenant une dcmi- <louzaintl dt> curieux qui regardaient lP. cadavre du fcdéré. Un homme portant le large brassard t1·icolore disait, à haute voix, en dé,•isageant tout le monc'e. - Çà fait plaisir de les voii· crevc1· hein 't li avait une mine de mouchard, personne lui répondit. li contioua don• nant au corps un coup de botte. A-t-il les pieds sales ce cochon-là. Et je remarquai non pas que les pieds étaient sales, mais qu'ilR ftaie11t nus. Tout à l'heure je les avais vus chausses. Oo avait ,•olé les souliers du mort. A ,irnx heures, nous tt·aversàmcs Ville-d'Avray; les habitants nous témoignèrent trop de sympathie; une vieille femme fut entrainée du ~cuil de sa porte jusque parmi notl·e bande et nos gardiens voulaient la <'ondui1·e plus loin pou1· lui faire un m,1uvais parti. Heureusement, un capitaine de la ligne intervint et la malheureuse en fut quitte pour un coup rie baïonnette dans le lJras. Cette femme avait au moins soixante-dix ans. De \ïlle-cl'Avray à \'et'sailles, à l'endroit où la 1·oute est traversée par un aquedu<', près d'un camp (\ïlleneuve-I'Etan)!, je crois), nous flmes encore halte et une femme et cinq hommes furent fusillés. Je ne sais absolument poul'quoi. Enfin, à quatl't' heures, nous entràmes à Versailles. Toute la population interlope de Paris était là, de chaque côté du chemin qui mène à Satol'y: banquiers, banquist,·s, boul'SÏC'otiers,journalistes de lupanar et de sacristie, mouchal'ds <le tout rang, de tout sexe, hommes et femmes publics e!'I un mot, même les séminaristes de Versailles assistaient à la fète, car c'était fète pou1· la ville des rois que ce Calvaire des Républicains.Raconterai-je les détails de notre ti ajet? Non. Les expl'essions me feraient défaut. Nous mimes deux heures pour traverse1· Versailles et arrive1· à Satory. Et notre escorte elle-même fut couve1·te de pie1·res a nous destinées. Que l'on juge par là de ce que nous avons souffert. Deux petits filles, trois femmes, un vieillard et deux gardes nationaux furent arrachés de nos rangs, malgré l'esrorte qui, je dois le <lire, fit tous ses effo1·ts pour nous mieux protéger. J'ignore ce que sont devenues ces innocentes victimes de la police versaillaise.
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