]40 LA REVUE SOCIALISTE Mediterranéenne, après lecture de l'article me confia un manuscrit des plus curieux, c'était une suite de notes prises quotidiennement pendant la semaine sanglante, puis pendant un séjour aux Docks de Satory, et enfin pendant la durée d'une détention assez longue dans les prisons versaillaises, par Gromier lui-même. Il y avait là, de quoi confirmer amplement les affirmations de Léon Cladel et de Richepin, dont pour notl'e compte nous ne dout.ions pas, mais qui pour quelques autres avaient pu paraitre empreintes de quelque exagération littéraire. Ces notes écrites à la hàte, sans souci de la phrase et du mot, je devais les publier au moins en partie lorsque la Revue Moderne cessât de paraitre. c·est M. Pierre de Lano qui a eu l'honneur de recueillir et de faire connaitre ce document. Il vient de publier le manuscrit de Gromier ..sous le titre de Journal d'im Vaincu. Tel que je l'ai lu, il y a quatre ans, il parait, ce bloc-notes d'un prisonnier de Versailles. 11 n'a pas été retouché en quoi que ce soit. Dans la préface, M. Pierre de Lano dit avec raison : « Corriger les feuillets qui vont suivre, serait non seulement manquer de bravoure littéraire et politique mais amoindrir l'intérêt d'un récit conçu sans préoccupation littéraire, arraché, comrue une chair palpitante d'un corps bien vivant, - au ventre mème de la vérité ». Et en sa sobriété, sa sécheresse même de style, en son laconisme, le manuscrit de Gromier est un accablant témoignage de plus contre les massacreurs. Quand la vérité sera tonte entière connue, quand on saura toute lïgnobilité des chefs de la réaction, on enlèvera sans doute de nos musées et de nos place5- publiques les apôthéoses peintes ou sculptées, de la plus fangeuse et la plus déshonorante incarnation de la bourgeoisie. J'ai nommé Adolphe Thiers. Le préfacier du Journal d'un vainrJu, M. Pierre de Lano, qui n'est pourtant pas des nôtres, stigmatise tout le premier et Je la. plus vigoureuse manière, le bourreau de Satory et é.crit cette phrase: - « La répression dirigée contre la Commune fut effroyable et M. Gromier, dans son journal, a raison de la flétrir. >> La biographie de Gromier est connue, mais il est peut-C>tre bon de dire quelques mots de sa participation aux évènements de 1870-187l, pour mieux faire comprendre la portée dfl son témoignage. Après avoir fait campagne avec les survivants des mille, sous les ordres de Garibaldi, après maintes condamnations poli-
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