REVUE DES LIVRES 125 d'une élégante indifférence et à embrasser la cause de l'humanité souffrante.» « Par le malheur, par l'Amour. » Ce sont là, en effet, les deux facteurs principaux de cette conversion. J'eusse préférP.; je l'avoue - puisqu'André Savenay est un penseur - que cette prépondérance accordée aux faits - et deux faits banals, trop stimulants des conversions vulgaires - fut donnée aux idées, à la puissance réelle des arguments que le socialisme détient. Un homme de tête n'obéit guère à la suggestion de faits sentimentaux pour changer d'idées, car il sait bien que les évènements de ce genre, n'étant que de purs accirlents, ne consacrent aucune théorie. Ce n'est pas que l'argumentation manque, au cours de ce volume. Dès la première visite que Savenay rend aux Deschamps, le deux sodaliste - avec une hâte un peu étrange - bombarde le jeune homme d'un long discours qui l'estomaque. Celui-ci subit cette attaque d'estoc et de taille sans se défendre - et cela est en,:ore bien étrange. On s'attend, en effet, et d'autant plus à Je voir protester que l'auteur no:is avertit "qu'il adorait la discussion, la bataille des idées, le cliquetis des théories heurtées l'une contre l'autre. » N'a-t-il donc rien à dire et nulle objection à poser? Tout. doit-il lui paraitre parfaitement élucidé et rassurant dans le programme socialiste? Ne peut-il soutenir la cause des sociétés inclil"idualistes qui, comme nous l'apprend l'enquête des sociologues, ont marqué un progrès manifeste dans l'évolution de l'humanité? Ne devrait-il pas au moins déclarer que l'individualisme a été un stimulant énergique de l'actil"ité nominale, une cause puissante de progrès? Cette protestation, il nous la devait parce qu'elle est naturelle: il y a. aussi avantage scénique à la faire parce qu'elle instaure la lutte, d'oü l'intérêt. En intérêt dramatique comme en vérité d'analyse, l'œuvre gagnerait donc à ce que cette inféodation fut plu~ difficultueuse, plus lente, plus graduée surtout. Au reste, toute la psychologie de ce personnage est vague, indécise. Jl ne donne pas assez l'illusion de la vie ambulante et coudoyée, mais semble conçu à ptiori et sorti tout équipé du cerveau de l'auteur. C'est là d"ailleurs Je grand dommage des romans à thèse. Les personnages y sont trop au service des • points de vue », qu'il s'agit d'établir. Cette subordination a des idées démonstrati1·es, atténue leur relief,leur communique une raideur, une allure géométrique de fantoche. Or, en bonne analyse, la vie est complexe, hétérogène, amorphe, et ne prouve absolument rien, ou si non peu de chose ! En vérité, ce Savenay a des suprises nal:l·es. Il profère quelque part: (( Quelle est donc cette loi sociale qui donne en partage aux uns les habits élégants, les bons diners, les fauteuils moëlleux, aux autres les haillons, la faim, les taudis ? Pourquoi s'en étonne-t-il? Ne les a-t-il pas déjà maintes fois constatées, ces misères, et ne peut-il les expliquer, sinon les justifier, par ceci: que l'égalité absolue dans la jouissance constituerait la pire inégalité puisque l!s hommes dégagent des énergies inéq ui valentes ? Je voudrais aussi lorsque le père Deschamps tonne contre sa Majesté
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