121 LA REVUE SOCIALISTE jalouser et à se décrier mutuellement. :Mais j'estime que l'art, au lieu de s'isoler dans une olympienne sérénité, peut toujours et doit parfois se mêler à la lutte féconde d'où sortira l'avenir ; que le Beau est plus beau encore, s'il réussit à être en même temps le Sien; qu'un écril'ain, pour être un assembleur de phrases et de fictions qui veulent plaire, n'abdique pas son titre d'homme et de citoyen; que mème, à certains moments crépusculaires, il serait presque coupable de ne pas dire franchement son .avis sur les grands problèmes qui troublent la conscience et la société contemporaines. » Cela, certes, est bien dit. Il ne faut pas oublier cependant que les partisans de la théorie adverse, les protagonistes de « l'art pour l'art» ont aussi des arguments qui valent à soutenir leur cause; c'est à dessein qu'ils s'isolent et s'écartent des préoccupations parfois rabaissantes de la \'ie. Leur art, ils le veulent pur, indépendant, superbement désintéressé, magnifiquement inutile, uniquement obsédé de réaliser la Beauté soul'eraine qui par sa seule vertu est, assurent-ils, hautement moralisatrice. i\lais cet art-là, il faut bien le dire, stationnan~ trop loin de la foule. est sans action sur elle: et malheur à. ce qui n'est pas compris! Quand l'Art n'est plus avec elle, il est contre lui-mème, car sans elle il ne peut vivre, la foule étant à l'artiste ce qu"est l'humus à la fleur. C'est en elle qu'il trouve sa répercussion, répercussion qui centuple la puissance de la vibration initiale émanée de lui, la propage et l'éternise. Aujourd'hui surtout il importe quo l'art, sous menace de disparition irrémédiable et prochaines,sous peine de choir dans les subtilités srniles <lu byzantinisme, se soucie de ce qui passionne les masses. Les problèmes sont là qui se dressent gigantesques et terribles devant lui et l'interpellent, le somment de prandre rang dans la mêlée qui s'agglomère formidable à l'horizon. Déjà la science plus avisée entreprend de débrouiller les redoutables questions. Elle poursuit l'homme dans ses origines obscures, elle le saisit dans la gangue primitive, nous le montre nu, énorme, vagissant, ébauchant une organisation rudimentaire, se massant en temps de guerre autour d'un vieux môle, comme le font les sociétés sinsiennes, passant successivement de la horde à la tribu, de la tribu à la cité, de la cité à la nation, en attendant l'ultime et l'iné\'itable transformation. Elle nous promet et nous prépare cet Age d'Or que les anciens plaçaient dans le passé <>t qu'elle installe audacieusement dans l'avenir. Yoici que son antique et marmoréenne impassibilité s'inquiète des volitions grondantes de la foule; et, songeant à les satisfaire, elle s'avance a,·ec ses méthodes sû1•es, ses procédés certains. Elle sait où elle va, et où elle veut aller elle ira, car elle est robuste, tenace et clairvoyante. Il est bon que l'Art sorte enfin de son orgueilleuse tour d'ivoire et marche avec la Science vers cette ère lumineuse. cette Terre Promise vers qui l'humanité chemine depuis des millénaires, Car c'est Lui,par son verbe magique, qui échauffe les enthousiasmes, galvanise les volontés, propulse la force irrésistible des peuples. La donnée de ce livre tient en quelques lignes « c'est, nous apprend l\l. Renard, l'histoire d'une âme jeune et généreuse amenée peu à peu par 1e malheur, par l'amour, par la révolte de son honnêteté native à sortir
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