La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

126 LA REVUE SOCIALISTE 1'Argent et l'accuse d'être l'insigne malfaiteur, qu'André nous indiquât la vraie cause. Le règne de !'Argent n'est qu'un des modes dont les sociétés déclinantes affirment leur déchéance: le mal est organique, il est humain ; il est au bout des civilisations qui ont fourni de longues étapes. Ce n'est pas le Yeau d'Or qu'il faut briser; c'est la société entière qu'il faut régénérer. . Je me suis à dessein étendu sur t.:epersonnage, car il est un peu toule volume. Je passerais brièvement sur les autres, bien qu'ils m'agréent -davantage. Ils paraissent vus, ceux-la, extraits de la réalité même. Les Dusaule père et fils, l'oncle d'André, Alfred et Gontran - ces derniers un peu conventionnels peut-ètre - sont troussés d'une main experte. Mais les femmes surtout ont cet air de vérité qui tant plait dans les œuvres de ce genre. La petite Madeleine, quoique résolument poétique, est adorable ; Jeanne est troublante et singulièrement attractive, malgré son hiératisme: Quant à Germaine. à Mme Savenay elles sont achevées, et ces deux créations charmantes, éclairées de demi-teintes, font le plus grand honneur au talent de 1\1. Renard. L'écriture est sobre, énergique, parfaitement limpide, sagement moderne - a1·ec parfois des mots qui fleurissent comme des églantines, et des comparaisons d'une fraicheur rustique, d'une douceur sonore, qui font songer à celles d'Homère. En somme voilà un très remarquable livre, qui a ses défauts et plus encore ses qualités : mais certains livres ne sont-ils pas comme certains êtres qui charment autant par leurs défauts que par leurs qualités? L'important c'est de ne pas faire banal : et certes voilà un crime dont je n'accuserai pas M. Renard. Jacques LE LORRAIN.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==