122 LA REVUE SOCIALISTE elles sont cimentées sans doute par la communauté historique des traditions, de la race, du langage, mais surtout pas la communauté géographique, le rapprochement des idées et des intérêts économiques. Une délégation représentative existe pour chaque groupe; la délégation nationale y recrute ses membres désormais compétents, passés au tamis par des élections successives, n'ayant rien qui rappelle la foule inconsciente et en majorité rénale des députations actuelles. Ce n'est pas seulement la conscience et la compétence que gagne le suffrage universel dans le nouveau mode d'exercice imposé par l'ordre fédéral, mais c'est aussi un sentiment profond de l'ôrdre économique nouveau sans lequel la République fédérale resterait elle-même en place sur un seul pied, attaché au sol, incapable de marcher en avant. Leverdays étaye tout cet exposé hardi de raisons historiques puisées dans la philosophie même des actes de la nation en état de crise révolutionnaire ou guerrière, et les plus prévenus contre la réforme organique qu'il propose conviendront que la centralisation n'a pas plus sauvé la patrie des in\'asions étrangères que fondé des mœurs de liberté démocratique dans la masse P-lectorale parfois étiquetée significativement sous l'appellation « les administrés ». « Tout ce qu'on a écrit depuis Montesquieu sur le despotisme et ses effets, dit Lererdays avec raison, est proprement applicable à ce que nous appelons aujourd'hui la centralisation. » Nous appelons l'attention des républicains soucieux du lendemain sur cette œurre posthume d'un vigoureux esprit et nous croyons qu'ils remercieront comme nous de leur zèle pieux la mère de Leverclays et son ami M. Chatelain qui, rompant le silence fait par la mort, n'ont pas voulu laisser perdre pour la République l'œuvre d'un homme dont le cœur et la pensée était tout à elle. L. FIAUX. Toute Licence sauf contre l'amour, par Maur:ce Barrès. Perrin, Editeur. Toute licence sauf contre l'amour, une déli~ieuse et aristocratique plaquette publiée il y a deux mois, à laquelle ,·olontiers je donne la préférence sur nombre d'ouvrages parus en ces derniers temps. Du style je ne dirai rien; les qualités qui font <leBarrès un écrivain si personnel, si justement recherché, sont suffisamment connues pour que je les puisse passer sous silence. Dans le premier chapitre, aYec son ordinaire ironie spirituelle et fine, Barrès fait le procès de l'association des Etudiants ou plutôt de son asservissement par les Ferry, Voguë et autres Lavisse. Certaines phrases de sa protestation contre « cette mainmise sur l'initiative de la jeunesse» donnent assez fidèlement l'illusion d'une énergique sincérité. Après avoir nettement mis en relief les nuisances de l'enrégimentement de la jeunesse, dit avec complaisance les avantages de la i:olitude, fait l'éloge du scepticisme - le sien - Maurice Barrès se préoccupera de concilier les antinomies de la pensée et de l'action. Ces antinomies sont d'autant plus nombreuses et plus despotiques que l'individu sera d'un plus complet dhe-
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