La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

REVUE DES LIVRES 121 Nouvelle organisation de la République, par E. Leverdays (1). Pour tout esprit ne s'arrêtant pas à la surface et ne s'en laissant point imposer par le décor des mots, il s'agit de savoir si la Rl>publique ne peut durer en Fran~e qu'avec les organes administratifs et politiques 4ui ont précisi!ment ser1•i aux régimes monarchiques pour empêcher son avènement. •• Le publiciste qui vit au jour Je jour, s'en remettant tout à la fois au petit bonheur des évènements et à la puissance du pouvoir central pour la fonder, nous parait, quelle que soit la sincé,·ité de ses vue, un bien piètre soutien pour elle. Tel n'était pas ce très éminent Lel'erdays, mort il y a deux ans, connu de quelques-uns seulement comm·e auteur d'un des livres de critique politique les plus remarquables ayant paru depuis la chute de l'Empire, les Assemblées parlantes. Comment la République pourrait durer, s'instituer en France - parait avoir été l'obsession de sa pensée. Prûscrit à la suite des événements de Mars 1871, il avait suivi d'un œil attentif les vicissitudes du parlementarisme tour à tour pratiqué par l'Assemblée dr: Versailles et les Chambres que menaient Gambetta, Jules Ferry et autres politiciens de moindre envergure, et il avait justement reconnu, au cours de ces troublantes années, que les hommes publics les plus divers d'étiq11ette n'avaient point sur l'organisme constitutionnel même du gou1·ernement une conception sensiblement divergente. • Les lois sur l'obligation et la laïcité de l'enseignement, sur la réduction du service militaire que certains font sonner si haut à leur gloire, ne l'étourdissaient pas au point de lui faire croire la République inéhranlablement constituée grâce à elles; en fait, à l'heure présente, il est à la rigueur facile de concevoir le fonctionnement d'une monarchie césarienne ou autre coexistence avec ces lois. Leverdays allait plus loin. Les Assemblées pa,·lantes avaient fait justice de tout le bruit,que bourdonnent dans l'histoire de notre pays,prês de quatre-vingts ans de paroles enfilées sans inter1·alle depuis 1815 par les représentations de la bourgeoisie censitaire et du suffrage uni verse); dans cette nouvelle œuvre, il arrive à l'exposition de sa pensée propre et il propose l'organisation de la République en France par le Fédéralisme. Le remède à l'anarchie dans laquelle le pays se débat pourra paraitre gros à ceux mêmes que l'anarchie présente effraie le plus, mais l'auteur lejustifie en montrant qu'il n'importe en rien la destruction de notre unité nationale et qu'il est complètement distinct du système d'une conféddration américaine ou suisse. La constitution fédérale dont les grands contours sont tracés par Leverdays, comporte l'agglomération de nos petites communes actuelles en eommunes cantonales, l'agglomération de ces communes cantonales en grands arrondissements, celle de ces arrondissements en grands départements, celle enfin de ces départements en provinces. Ces agglomérations départementales ou provinciales n'ont rien de -commun avec les départements actuels ou les provinces antérieures a lî89 ; (1). Ouvrag~ posthume, l vol. in-18•. Chez Carré, 58, rue Saint-Audré- ,des-Arts.

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