La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

)20 LA REVUE SOCIALISTE Et comme par l'atavisme s'explique bien à notre esprit de récentes alliances. Si quelques na·1fsont pu s'étonner de voir affiliés a de scandaleuses bandes, tel duc et tel comte, au nom ronflant, combien ont souri en pensant qu'il n'y avait là après tout qu'une question d'hérédité. Vue de loin, à travers la brume des temps et aussi à travers les mensonges des historiens à la Marchangy, la noblesse apparait comme quelque chose de grand; de près, c'est une ignominie. Faveurs, femmes et deniers Font de vachers chevaliers, <lit un vieux distique très exact. lis sont bien venus vraiment tous les sots qui tirent encore quelque nnité de leur race à vouloir le prendre de haut avec les vilains que nous sommes. A un tel prix nous n'avons pas besoin d'a'ieux. et nous sommes plus sùrs d'être des fils de vachers restés propres qne d'être les descendants d'une duchesse d' Aiguillon, d'un Sabran ou d'un Luynes. L~ vérité sur la retraite de Lang-Son. - Mémofres d'un combattant, par Jacques Harmant. - 1 vol., Alb. Savine, éditeur. Ce livre entièrement vécu, puisque l'auteur a pris part aux évènements qu'il raconte, jPtte un jour nouveau sur une page récente de notre histoire. La passion politique dénature toujours les faits, M. Jacques Harmant a tenté d'exposer les évènements auxquels il a pris part dans leur intégralité. li nous fait tour à tour le récit des combats de Bac-Lé, Kep, Ha-Ho, Noui-Bvp, Lang-Son, Dong-dang et Bang-To et celui de la retraite de Lang-Son. Ce que j'ai retenu de ce livre, c'est que si nos soldats sont toujours pleins de réelle vaillance, leurs officiers (et cela confirme ce qui fut dit il y a quelques mois) agissent toujours avec la même inconséquence, la même infatuation, la même ignorance que naguère. Il y a des exceptions, soit; il n'a jamais été dit le contraire; mais naiment était-ce la peine de protester arec tant de colère contre tels et tels auteurs, qu'on accusait volontiers -<lecalomnie et de diffamation! Et que nous importe qu'ils soient braves personnellement ces officiers - ceux de l8ï0, aussi étaient brares ! - li faut bien qu'ils aient au moins cette qualité, si c'en est une que de se jeter, sans penser, au devant des balles, et des obus ! Les fous sont capables de ces héro'ismes. Quest-ce que cela dunne? Des hommes conduits par un inconscient comme He1·binger, sacrifient leur vie sans aucun profit pour l'humanité ! Et quand on songe à ce que ces vaillants petits troupiers dépensent d'énergie en des luttes impies, peut-on ne pas regretter qu'on ne sache pas mieux utiliser pour la ciYilisation et le progrès tant de bonne volonté et de courage? Coloniser, oui; c'est bien. Mais est-ce coloniser cela, ces expéditions militaires, où les plus beaux sabreurs se font les renoms les plus illustres ? Pourquoi ne pas lâcher sur l'Asie et l'Afrique tous les pensionnai1·esde Charenton ou de Bedlam. De l'aveu mème de M. Jacques Harmant, un soldat qui me parait aYoir le cœur mieux placé que celui d'un soudard quelconque, les Chinois d'ailleurs ont plus d'une fois prouvé aux nôtres - notamment à Bac-Lé - qu'ils avaient à un haut degré le respect du Droit et de la Justice. Avec d'autres envoyés que des sabreurs, avec des missionnaires la1ques vrais apôtres de fraternité, Chinois et Français se seraient compris. Q:rnd donc en aurons-nous fini avec ces faux républicains qui prêl·hent la liberté ici, et tentent l'esclavage par ailleurs, bande infàme de gens ,·éreux qui ne vivent que ci'agio et de mercantilisme et contre qui certes. l'emploi des fusils serait plus excusable que contre les célestials ! Robert BERNIER.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==