La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

10 LA REVUE SOCIALISTE et des Hartmann, la nouvelle philosophie médicale n'ont pas peu contribué à activer la dissolution sociale. Les terribles désastres accumulés. par les compétitions meurtrières des égoïsmes en lutte, l'inertie de pouvoirs qui •n'ont point su ou point voulu prévenir l'anarchie régnante ont d'autre part suscité, à côté de plaintes poignantes, ces revendications écrites ou armées contre lesquelles la société contemporaine se sent de plus en plus i~r,uissante. La révolte est partout. Elle éclate jusque dans cet amour du mal, qui est si finement analysé par M. Paulhan et qui est la négation radicale de toute entrave, l'affirmation absolue de l'indépendance pleine et entière. Nous ne soutenons pas l'excellence de toutes ces manifestations platoniques ou réelles dela révolte. Mais elles sont un symptôme significatif; ellt!s démontrent éloquemment qu'il y a quelque chose de vicié dans l'organisme social. N'oublions pas non plus que ce sont les révoltés de tout ordre (et l' espri~ de révolte est multiforme) qui ont fait évoluer le monde. Tout progrès, disait Bakounine, est une négation. Cette négation ne se réalise que par l'a~tion de la révolte contre les idées, les mœurs, les institutions. existantes. Laisser faire aurait été éterniser le sfatn quo. Nous ne serions point encore sortis de la sauvagerie propre nos à ancêtres des temps. tertiaires. La critique, dont l'esprit de révolte n'est qu'une expression plus énergique, n'entame sérieusement que les œuvres qui ne sont pas. viables. Si donc l'anarchie actuelle pénètre si profondément toute la civilisation contemporaine, c'est que cette civilisation est avortée ou gâtée. Au reste la mentalité contemporaine n'est pas toute négative. Le fait de se révolter contre une situation donnée implique une tendance vers un état qu'on juge meilleur. Cet état est une représentation qui donne l'impulsion à l'esprit nouveau. O!.telleest la tendance de l'esprit nouveau? M. Paulhan parle de l'empire exercé par le spiritisme, la théosophie et conclut à la renaissance du mysticisme. li cite des œuvres qui .en portent l'empreinte. Mais il y a, et M. Paulhan le constate d'ailleurs, chez les· plus grands de ceux qui représentent cette manifestation nouvelle de la pensée humaine une idée qui, à notre avis, domine l'élan mystique et qui s'imprime par la religion de la douleur, le sentiment de la liberté, du droit, de la justice, de la solidarité humaine à tous les degrés, scientifiquement fondée ou non, qu'elle se réclame de la fatalité des lois historiques ou qu'elle sorte du cœur, cette vision faite du réel et d'idéal. d'une humanité à tous égards. heureuse inspire la génération contemporaine au moins dans la personne de ses initiateurs. Elle explique aussi les rapides progrès que fait le socialisme dans toutes les classes d'une société, en quête d'un monde nouveau, où la liberté ne soit plus un mot, l'égalité une illusion, la fraternité un mensonge. UN PROFESSEUR. I

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==