LE NOUVEAU MYSTICIS:\lE 9 toutes ces émotions ne sont pas nouvelles. Une femme, Mme Achkermann, lancera ;rnssi des anathèmes qui ne seront pas nouveaux. Ils se traduiront chez Richepin en Blasphèmes déjà entendus, mais dans une langue qui n'était pas consciemment violente jusqu'à la brutalité. L'amour du mal n'est même pas un fruit de culture nouvelle. Baudelaire l'avait analysé avec force. Le XVlll0 siècle avait élevé des autels à la nature. Et de Vigny dit à Eva: • Ne me laisse jamais seul avec la nature, Car je la connais trop pour n'en avoir pas peur. Et la nature parle au poète : On me dit une mère et je suis une tombe. Le culte de la grande consolatrice que Guyau appellera une grande indifférente, une nourrice mercenaire, n'a pas été de longue durée. Darwin bientôt nous fera l'histoire de ce « monstre toujours dévorant et toujours affamé. » (Gœt!le, Werther). - L\!s esprits les plus positifs finissent même par être dévoyés. Comte et de Biron, par exemple, aboutissent au mysticisme; Ampère éprouve parfois les angoisses d'un Pascal ; Jouffroy est obsédé par la mélancolie. L'anarchie économique, entrevue par Stliman, Fourier, Sismondi, Burat, etc., l'anarchie politique constamment entretenue par la lutte des partis font déjà surgir ces révoltés qui, dans ces 'dernières années du siècle, s'acharne à hâter cette agonie d'une société, cette fin d'un monde. « Ce qui manque :;urtout à ce siècle, disait Mme de Staël, il y a plus de cinquante ans, c'est le respect. Le mot n'a jamais été plus vrai que de nos jours. L'audace de l'analyse scientifique, relieuse, morale, sociale, etc., a eu ce résultat de battre en brèche la tradition dans tous les domaines, de déterminer cette anarchie intellectuelle et morale qu'analyse M. Paulhan, où sombrent toutes les croyances et tous les sentiments qui jusqu'ici avaient donné à l'humanité l'orientation de sa conduite. Mensonges conventionnels, dit-on. M. Paulhan montre très bien l'influence exercée par la philosophie naturelle de Darwin, l'exégèse de Renan, la critique de Taine, de Sainte-Beuve et de Littré. Cette influence se traduit soit dans le roman par une tentative réaliste de représenter la vie telle qu'elle est avec ou sans colère contre sa platitude écœurante, soit au théâtre par des thèses brutales, ou un scepticisme railleur, un cynisme froid qui se dégage des admirations imposées, attaque de front toutes les idées, tous les sentiments qui inspirent la civilisation contemporaine. Dans ces derniers temps, et c'est un point que M. Paulhan a oublié de signaler, il a pris à partie sur le terrain de l'action et de la pensée les deux idoles auxquelles on n'avait point encore trop touché jusqu'à ce jour, la Justice et la Patrie et ses incarnations, le Juge et le Soldat. Ces deux autres souverains d'un empire qui s'écroule voient le prestige.séculaire de leur royauté profondément amoindri. Le pessimisme métaphysique des Schopenhauer
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