REVUE DE LA PRES~E 9:5 De Réné Ghil nous ne connaissons que. qnPlques fragments poétiques, de lecture ancienne, dont le sens était si mystérieusement élevé qu'en dépit de la meilleure volonté il ne nous fut pas donné de le pénétrer. Le souvenir de· cette énigmatique poésie était un faible encouragement à la lecture de l'article précité. Nous avons pris notre courage à deux mains et nous n·avons pas en à le regretter. Dès les premières lignes ç'a été pour nous l'agréable surprise d'une prose compréhensible, encore cependant que parfois elle revête des formes assez bizarrP,S, déconcertantes. Mais ce sont là questions de détail sur lesquelles nous ne querellerons pas Réné Ghil; d'abord parce qu'avec lui il faut savoir limiter ses exigences à une approximative compréhension et ensuite parcequ'il écrit en somme des choses fort justes. Au début quel- {)_Uerséflexions sur les poètes disparus - qui témoignent d'une hauteur et d'une impartialité de jugement qu'on souhaiterait rencontrer r,lus fréquemment chez nos jeun E'S écrivains - puis une critique - ô véhémente-de la nouvelle gens poëtica . .Maisse calme l'indignation de M. Ghil contre « les poétereaux sans talent, sans œuvres, et sans désir de travail» à cette <:onstatation qu'ils ont dù passer - rapides -- sans prendre place·au plein jour littéraire. Le C'hâtiment hélas I est venu vite: les ressassem·s simiesques et irrespectueux des Maitres antérieurs, qui, ont, disons-nous, été cc qu'ils devaient ètrc en leur temps, se sont stérilisés, presque avant d'ètre, et nous avons eu ces rachitiques agonisants dês la genèse: les décadents, symbolistes, et les mystiques et mages - car tout a dégénéré, et les catholiques passés -0nt procréé ces ataviques monstres. Réné Ghil continue en traçant à grandes lignes la mission de l'art poétique - telle qu'il la couçoit - telle que la comprend la trentaine de poètes enrôlés sous sa bannière« évolutiveinstrumentiste » : J'ai voulu, maintenant que les transitoires périodes sont consommées, et que la S<'ien<'e n synthèse a détruit la légende, que n'osassent plus les livres inutiles et de rève dau~ereux, et indignes de la gloire et de l'énergie évoluantes des hommes nes à l'intellect, que nous sommes. La Poésie sera philosophique, de Philosophie évolutive, et sociologique pour un meilleur deve-. nir des mœurs et de l'intelligence ouve,·tes à leur naturel destin d'Altrnisme, ou elle ne sera plus. Les Poètes seront ainsi les législateurs de Demain qui appète une logique, sùre Justice au-dessus des passions et des intérêts vils - où ils ne seront que de simiesques insulteurs ùe nos antérieurs poètes, que <.les ignorant, et des paresseux et <lesparasites que la Société active et pensante devrait secouer de dessus elle. Trop rar('ment nous est donné le plaisir d'entendre formuler par un jeune d"aussi robustes espoirs, pourquoi faut-il que le défleure, la pensée que rien, ou presque rien ne restera des -excellentes idées émises par le philosophe Réné Ghil lorsque le poète les aura traduites en langage instrumentiste.
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