La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

9G LA REVUE SOCIALISTE L0 ART ET LE SOCIALIS~IE D'autres, il est vrai, parmi nos jeunes littérateurs ne pensent pas autrement que M. Gihl et ont sur lui l'avantage de vêtir leurs idées de phrases intelligibles pour tous. Dans le numéro de dècembre, nous voulons parler des rédacteurs de l' Art Social, la vaillante revue récemment fondée sous les auspices d'Eugène Chatelain, l'infatigable directeur de la Revue Européenne. Dans le plus récent numéro de l'Art Social, M. Museux, en un article débordant de générosité et d'enthousiasme, se fait l'interprète de cette jeunesse d'élite qui n'hésite pas à venir se mêler au combat social. « Tant qu'il y aura, écrit-il, ries oppriméJ et des esdaves; tant qu'il l aura des larmes à tari,· et des cœu1·s à consoler; tant qu'il y aura des m - moires à flétrit· et ries noms à glorifier, notre œuvre ne sera pas faite. Tant que durera l'exploitation de l'homme par l'homme et, aussi, de la femme; tant que que durera l'exploitation de l'enfanr.e, il nous faudra combattre. » Il sait en face de quelles difficultés on se trouvera, il sait. combien d'obstacles surgiront; mais, qu'importe à ceux qni ont. «< le cœur haut,l'àme vigoureusement trempée•, rien ne les arrêtera « sans détourner la tète » ils iront à la réalisation de leurs belles espérances. « On a dit: l'art et le socialisme ne peuvent vivre en bonne intelligence· On s'est étonné que nous parlions d'un art socialiste. On nous demande où nous voulons en venir et si nous espé1·onsètre pris au sérieux. Nous avons pu lire, <!ansun grand quotidien de la république athénienne, sous la signature de Camille Mauclair, l~s lignes suivantes : « On imprime des phrases. « où il est dit que les artistes doivent fair,; des rouvres qui contribueront au « bonheur du peuple. » On nous répète qu'il est étrange que des gens acharnés au nivelage universel, parlent d'art, c'est-à-dil'e d'affirmation de tempéraments indé1iendants et l'on pose en principe ceci: Ou l'al't ou le socialisme doivent mouri>-; mais coexister jamais! Eh I bien. nous nous efforcerons de prouver le contraire. Il ne ne nous sera pas difficile de faire voir que, par métier, on parle de choses qu'on ne comprend pas et que l'idée que quelques écrivains bourgeois se font du socialisme est absolument fausse. D'ailleurs, rlans tout homme il y a l'artiste qu'il ne s'agit que de sortir de l'ombre. Et qui, mieux qu'une société démocratique, peut le faire ? Qui, mieux qu'elle, peut faire l'éducation de la masseet cultiver le cerveau de l'homme ? Qu'on regarde en arrière. Combien s'en est-il perdu de ces cerveaux qui auraient apporté leur contingent d'intelligence s'ils avaient été cultivés ? Les sociétés aristocratiques ne le pouvaient pas. On feint de croire que l'art ne peut être qua le privilège ,rune classe et q~c le peuple ne peut pas faire acte d'artiste. S'il fallait puiser dans l'his- ~01re, longue serait la liste _desartistes qui sont sortis du peuple, de la foule rnconnuc et paune. A quoi bon ? Pour nous; le socialisme c'est l'avenir; il n'est plus besoin de le démontrer. Le socialisme incarnera en lui toutes les manifestations de l'esprit humain, - y compl'is l'art. L'Art social sera. » De ceux-là, il n'y a pas grand mérite à le prévoir, l'intervention dans les luttes sociale ne sera pas inutile.

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