La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

BCIIOS DRHIA TIQUES 80 et la caresse plus brutale qui tue la révolte. Ces moyens sont connus depuis longtemps des maîtres d'esclaves. En Russie, on fouette encore les femmes ; le knout (ignorant probablement l'alliance Franco-Russe), fait son office; ce qui n'empêche pas les hommes de boire ensuite à la coupe de vie, sans soucis des tortures qu'ils imposent. Qµant à la femme, malheureuse, ignorante, ne voyant dans l'homme que celui qui peut fout, elle aime parfois son martyre 1 comme on aime l'absinthe, la morphine ou les piqûres d'épingles dans les reins! Les femmes sont les vaincues de la vie ; insulter aux vaincues est une lâcheté qui retombe sur l'insulteur. Trop longtemps irresponsables, elles ont perdu le sentiment d'une légitime dignité; c'est aux hommes à les ramener dans le droit chem,in, dont ils ont contribué à les écarter. En somme. si la Mégrre apprivoisù est l'œuvre de Shakspeare, c'est son œuvre la plus médiocre. Nous cherchons vainement dans cette grossière mascarade, ce qui expliquerait la métamorphose de la fille. Vainement, nous cherchons dans l'homme la fermeté douce, la raison calme qui finissent par s'imposer. Nous trouvons dans Petruchio, le mari, une sorte de fou furieux, qui use à son caprice desapropriétéfe111elle, de la chair féminine taillable et corvéable à merci ! Les Réalistes tenteraient une explication! Elle est plausible. La fille est mâtée, parce qu'en pleine vigueur, en pleine floraison de ses vingt ans, des baisers brutaux lui ont révélé le mâle. Eh bien ! n'en déplaise au mari dompteur, le moyen est à la portée de tous ses amis, voire même de tous ses valets; ils peuvent, au besoin, le surpasser dans la pratique. Quand on traite une femme en bête de somme, il n'y a pas lieu d'exiger qu'elle se conduise en créature pensante ou aimante. Qu'un dompteur, à l'œil plus fin ou plus brillant, à l'étreinte plus hardie, fascine la sauvage Mégère en rut ; elle divorcera sans scrupule son premier maitre, et déposera, humble et soumise, ses chairs pantelantes, aux pieds du nouveau vainqueur. A dompteur, dompteur et demi. La Liberté seule peut triompher du fauve, qui sqmmeille chez l'homme et chez la femme. A tous deux elle apprendra ceci : Qui se montre peu soucieux d'être aimé sera délaissé et devra vivre en sauvage jusqu'à ce qu'il se soit apprivoisé et socialisé. La libre union des cœurs et des volontés peut seule accomplir un pareil miracle. GERVAISE.

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