ÉCHOS DRA:\IA TIQUES ÉCHOS DRAMATIQUES AUX FRANÇAIS : la Mégère apprivoisée, de SHAKSPEARE, Traduction Paul DELAIR. 87 Quand la Révolution sociale aura transformé le monde ; quand elle le bercera dans les longs plis de sa robe blanche, aux chants des hymnes de paix, l'homme et la femme, étonnés et ravis, naitront à une vie nouvelle. Il n'y aura plus ni chair à canon, ni chair à plaisir, ni chair à torture; mais deux êtres égaux, conscients de leur dignité, heureux du bonheur qu'ils se donnent, et sachant respecter leur indépendance réciproque, sachant qu'ils ont tous deux des droits : fait que la Révolution de 89 a oublié de proclamer, pour une moitié de l'humanité. li n'y a donc pas lieu de nous étonner que Shakspeare ait fait une pièce : la Sauvage apprivoisée (traduit par Delair, et jouée aux Français sous le titre de : la Mé~èreapprivoisée), qui est un véritable outrage à la dignité féminine. Dans ce temps-là, on ne connaissait (même en fait de dignité mâle), que celle _des grands seigneurs; le reste n'existait pas : la femme, esclave d'un esclave, suivait la condition du maitre. Avec le riche, elle était couverte de horipaux brillants; avec le pauvre, elle traînait des guenilles ; comme le chien auquel on met un collier d'argent ou de cuivre suivant le maitre que lui donne le destin. Du reste, du haut en bas de l'échelle. mème sujétion, et comme conséquence : toutes les bassesses, toutes les fourberies qu'engendre l'esclavage : meurtre, assassinat, vol, adultère. Dans cette pièce de Shakspeare (ou attribuée à Shakspeare ), la Mégèreapprivoisée;- l'avilissement des femmes. avilissement â peine déguisé sous quelques fleurs de rhétorique· amoureuse, renait en vigueur sur un fond terne, et parfois grotesque. On en est à se demander si Shakspeare n'a pas voulu montrer ce que produit dans le sexe, l'absence de respon~abilité et d'instruction sérieuse. Mais, vivant dans un temps où l'on appréciait uniquement chez les femmes, les grâces extérieures et l'obéissance passive, il a plutôt cherché à établir un contraste entre l'idéal féminin de l'époque et les défauts qui détruisaient cet idéal. Il a réussi surtout à créer un grotesque féminin, qui a les allures d'une harengère de nos jours, sans en avoir les qualités. C'est à cette pièce que se précipitent les femmes de la haute bourgeoisie parisienne de 1891-92, prenant, dit-on, un plaisir malsain
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