La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

813 LA RE\"t:E SOCIALISTE MOI. Pourquoi pas dire : prédéterminé !... C'est la doctrine de la prédestination, cela. RAPHAEL. Non, je crée des causes ; je me détermine moi-même. JACQUES, haussant les épaules. Autant dire que tu t'es fait toi-même, sans le secours de tes père et mère. RAPHAEL. lis m·ont procréé, mais je me suis recréé. JACQUES. Oui, avec du pain, de la viande, du vin et des livres. RAPHAEL, s'exaltant. Je me suis recréé par ma liberté ! . . . Voyons, suis-je libre, ou non, de me jeter par la fenêtre? JACQUES. Non. RAPHAEL, exaspéré. C'est trop fort, et je te prouverai bien ... Il om;re fa /métre et se précipite d:ms le vide. Nous restons 1111 instant stupéfaits. LUCIEN. Bah 1 il ne s'est pas fait de mal. Nous sommes au premier étage ; il a sauté dans le jardin. L'air de la nuit le calmera. M,1is nous mt-end,ms des gé111isseme11tsn;ous dégringolo11sl'escalier. A1t bas, nous trouvons les garçons dit restaurmit, qui 11ous aident à re111011/er <'J?..apbaéëvlanoui. Jacques installe le blessé sur le divan et l'examine. JACŒJES. Ce ne sera rien, une foulure du pied gauche. RAPHAEL, onvrant lesyeux. Je t'avais bien dit que j'étais libre ... Aïe! mon pied ! JACQUES. Eh! non, animal, puisque tu ne pourrais pas recommencer. RAPHAEL. Mais je le veux, cela suffit pour que je sois libre. Suppose que jeme fusse tué, je serais encore plus libre. puisque mon âme serait dégagée de son enveloppe infirme qui trahit ma volonté. JACQUES, furieux. Va te faire foutre, idiot. RAPHAEL, regardant son pied. Je n'irai pas communier ce matin, avec ma patte ... A boire! . . . . . . Voilà, mon ami, le récit fidèle de cette nuit de divagations. J'en ai honte. Ne me grondez pas trop. CAMU.LE. (La s11i/ea11prochain nulftiro.) ____ _ Eugène FOURNIÈRE.

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