La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

81 LA REVUE SOCIALISTE JACQUES. Si, un peu. J'en prenais et j'en laissais. RAPHAEL. Je prends tout, moi. MOI. Tout ! C'est absurde. RAPHAEL. Oui, môssieu, c'est absurde. mais cela est l'affaire des conciles et non la mienne. Où en serait l'armée si les soldats discutaient les. ordres des capitaines ! MOI. li n'y aurait plus, alors, de soldats ni de capitaines. Le beau malheur! RAPHAEL. Dieu m'a touché de sa gràce; je lui en suis trop reconnaissant, quand je compare ma foi à votre incrédulité, pour discuter les mystères. quïl impose à ma raison. LUCIEN, gouailleur. Et si Dieu t'avait refusé la gràce? RAPHAEL, C'eût été pour moi un malheur dont mon aveuglement m'eût caché l'étendue. Dieu fait bien ce qu'il fait. Mais il m'a suffi de lui demander la gràce pour l'obtenir. li n'avait d'ailleurs pas le droit de me la refuser, pas plus qu'à quiconque la demande. LUCIEN. Est-ce bien orthodoxe, ce que tu nous contes là ? JACQUES. C'est suffisamment contradictoire pour être orthodoxe. RAPHAEL. Orthodoxe I Vous en doutez ! Je ne me permets pas,en ces matières, de penser par moi-même. MOI. Vous renoncez donc à votre liberté? RAPHAEL. Du tout! J'en use conformément aux intentions de la Providence. Dit-on d'une planète désorbitée et vagabonde qu'elle est libre? Si jen'étais pas libre, je n'aurais pas pu connaître les voies du Seigneur et les suivre sans dévier. JACQUE<;. Mon garçon, tu bafouilles. Si tu suis la loi de Dieu, tu n'es pas plus libre que la pierre qui suit la loi de la pesanteur. RAPHAEL. Mais moi, j'ai une âme immortelle, et la pierre n'a pas d'âme du tout.

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