L 0 A1!F. DE DE~IAI:.' î9 le suprème ·effort de Schopenhauer, la haute pensée agonise, et les seuls disciples du philosophe de Francfort sont des littérateurs de salon, dont la clientèle goùte mieux la vie quand on lui a démontré théoriquement qu'elle est mauvaise. Je vous le dis, la philosophie est devenue un tiède et écœurant rince-bouche dont les oisifs usent par convenance et que les imbéciles avalent. Pour revenir à nos philosophes nationaux, dont l'optimisme est fait d'une énervante jovialité organique, je les tiens tous deux pour des littérateurs. purement et simplement. Aussi pratiques l'un que l'autre, du reste, ils n"on past créé l'âme moderne, et ils se contentent de refléter la basse bourgeoisie intellectuelle, car on ne règne sur elle qu'à cette condition. L'un est l'empereur, !"autre le pape, également constitutionnels, de la médiocrité pensante. Les politesses qu'ils se font à l'Académie doivent mettre en joie les vaudevillistes qui y pullulent, et nous verrions cette farce sur un théâtre si jamais la vérité osait s'y aventurer. li faut bien que je vous parle de ces gens puisqu'ils sont l'unique, et caricaturale, incarnation de la métaphysique en notre pays. Je voudrais les haïr pour le mal qu'ils ont fait à la pensée contemporaine, et je ne mr sens pour eux, pour leur impuissance, qu"un mépris apitoyé. Quelle estime voulez-vous qu'on ait pour le politicien déçu, mais non désabusé, qui traite les postulats comme des électeurs, marie les contraires, paye de phrases, minaude, sourit, pleurniche, dit à l'Université: <( Voyez mes paroles ! )' et à l'Eglise : << Voyei mes actes ! )> lesserttoutesdeux contre la pensée libre,dénigre son maitre (un effronté pillard d'idées) dont il a pris la suite des affaires. Demanderez-vous grâce pour sa philanthropie verbale,au nom des quelques enfants abandonn~s qu'il a aidé a recueillir ? Je \'Ous demanderai justice pour les âmes engluées par le pinceau enduit de miel de ce mandarin de la pensée. Pour vingt pucelles sauvées, que de vertus stérilisées, que d'intelligences en perdition sur l'océan métaphysique où les paroles gelées des philosophies caduques font bourdonner en vain bruit musical les cordages de la nef désemparée! On l'a proposé pour le chapeau : digne récompense; il est bien vraiment le cardinal laïque de la philosophie universitaire, dernier contrefort de la théologie. Ce vieillard me dégoûte. j'ai failli admirer son compère. et je m"en veux. Sa complexité m'avait séduit. Son imperturbable optimisme m'avait fait croire qu'il possédait le mot des grands mystères, et j'attendais de lui les ultimes révéfations. Montrer que le vrai est multifrons, me disais-je, c'est le connaitre. Et j'espérais, abusé par la sereine allégresse du vieux drôle. Mais je compris vite qu'elle n'exprimait que la jcie perverse d'un jongleur de la pensée, habile à tirer de chaque mystère une mystification.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==