ïS LA REVUE SOCIALISTE rison, j'oserais prétendre que les savants traitent les riches et les pauvres avec la même indifférence; - mais j'ai tant besoin que mon médecin me donne de la santé pour mon argent ... Je vous concède qu'il faut accepter les choses comme elles sont, quitte à se forger en dehors d'elles l'idéal sans lequel il n'est pas de véritable et complète humanité, au sens élevé du mot. Mais, alors, ne prétendez point baser les concepts supérieurs sur la science. Si le bagage des pensées et des connaissances humaines est tel, qu'une division des matières s'impose, proclamez avec moi la séparation de la science et de la philosophie. Direz-vous que la philosophie doit être scientifique et, partant, élaborer ses synthèses en suite des analyses de la science? Je vous demanderai alors pourquoi vous avez détruit la métaphysique, puisque vous n'étiez pas encore prêt à la remplacer. Sur elle reposaient les nécessaires croyances des foules, à qui ses fictions tenaient lieu de vérités démontrées, Illusions, erreurs, mensonges, soit, mais qui servaient au bien moral et social.Je sais bien que Croquemitaine n'existe pas, mais que m'importe sa réalité, si, par son évocation, je discipline mon enfant. • Si vous parvenez à reconstruire ce que vous avez démoli - et quel ciment amalgamera votre poussière scientifique? - ferez-vous renèurir cette neur du progrès humain, par vous desséchée: l'idéal,par qui nous entrons dans la confidence du devenir universel! N'est-ce point par une opération de l'esprit sur lui-même que se conçoit l'idéal, et oserez-vous prétendre, en ce temps où tout s'abolit et où rien ne se remplace, qu'il est plus nécessaire d'être que de devenir ! Songez, je vous prie, que l'individu ne se croit plus rien de commun avec l'espèce et qu'il perd à mesure le sens des solidarités nécessaires. Bientôt l'espèce paitra le globle, indifférente aux destinées de l'univers et, conséquemment, aux siennes propres. A présent, il me faut bien avouer que si vous jugez de la philosophie par ses prétendus serviteurs, vous ne pouvez avoir pour elle qu'éloignement et que mépris. j'ose la dire plus mal servie que la science, et aimée d'un amour moins désintéressé. Nous avons, pour la représenter en France, deux vieux messieurs très gais, gais jusqu'au comique, gais jusqu'au grotesque, gais jusqu'au lugubre, qui ne parlent aux foules que la tête couronnée de roses. lis sont hideux ainsi, ces vieillards qui hoquettent leur pensée, excrément de la pensée de Platon, de Spinoza, de Kant et de Hégel, en des toasts où la splendeur du style fait honte à l'indigence de la pensée. Qpe dire, il est vrai, au dessert, si~on des choses peu fatigantes pour la digestion des auditeurs! Hélas! mème sous leur lampe de travail, ils écrivent pour .des gens à table. D'ailleurs, les pays voisins ne sont pas mieux partagés et, depuis
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