La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

ï7 L'AME DE DEMAIN (Suite) TROISIÈME LETTRE Cannes, J Décembre. j'ai bien peur que nous ne nous soyons rien prouvé du tout, avec nos histoires d'amphithéâtre. C'est que, vraiment, moi qui me crois suffisamment complexe (pour mon tourment !) je ne suis qu'un simpliste, à côté de vous. Ma tendance à généraliser serait donc, si j'ai compris votre lettre, une marque d'infériorité intellectuelle. Je vous dis: - L'âme matérialiste est cruelle. Vous me répondez: - Il n'y a pas d'âme matérialiste, mais des analystes sans idées générales, donc impuissants au mal comme au bien ; mais des brutes qui accrochent leur excuse à l'arbre d'hérédité darwinienne après l'avoir accrochée des siècles au gibet du Golgotha d'où l'arbitraire grâce découla ; mais des maniaques sublimes prèts à tous les martyres pour des vérités à naître et dont ils ignorent et la place dans l'ensemble des vérités acquises et l'utilité dans le mouvement des idées et des choses. Vous ne me dites pas qu'il est bon que les choses soient ainsi, mais vous semblez en accepter la fatalité avec une allègre résignation. Votre médecin, (je ne sais pas si vous l'admirez) il me fait peur. Si j'avais un être aimé en péril de mort, je n'oserais appeler à son chevet un tel fanatique de la science, qui, dans le malade, ne voit que le cas médical à élucider et non l'ètre souffrant à soulager. Le jour où les gens du peuple sauront que le médecin moderne est ainsi, ils mourront sur leur grabat plutôt que de prèter leur corps aux expériences d'hôpital. Déjà l'on dit, dans les faubourgs socialistes, où l'on ne croit plus à la charité bourgeoise, que, dans les cliniques, on tue les pauvres pour apprendre à guérir les riches. Je crois ce dire injuste, et si je n'étais malade, si mon lâche organisme ne se cramponnait à l'espoir de gué-

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