La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA Ql:ESTI01' SOCIALE DEYAXT LES CORPS i:Ll:S î15 " qué~, violences ou voies de fait, dons, offres ou promesses de travail, ,< contraint ou empêché de faire partie d'un syndicat et entravé ou ~< troublé la création ou le fonctionnement des syndicats professionnels ,< reconnus par la loi du 21 mars 1884, seront punis d'un emprison- ,< nement de six jours à un mois et d'une amende de I oo à 2,000 francs « ou de l'une de ces deux peines seulement. » Il nous est impossible d'entrer dans le détail d'une discussion aussi longue. Notons seulement qu'il serait curieux de dresser une liste des exemples, éparpillés dans les différents discours, qui prouve le parti-pris des chefs d'industrie, leur colère même contre la loi Waldeck-Rousseau. Les débats ont été allongés et rendus quelque peu confus par la proposition malencontreuse de MM. Leygue et Dupuy-Dutemps qui avait pour objet d'établir des pénalités non seulement contre les patrons coupables mais aussi contre les ouvriers qui tenteraient de contraindre leurs camarades non-syndiqués à faire partie de ces associations. Voici comment était conçu cet amendement, qui, pris en considération par la Chambre, a été rejeté en définiti\'e : « Article Premier. - Q!1iconque, soit par violence ou voies de << fait, soit par menace de perte d'emploi, soit en faisant craindre « d'exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, « aura empêché ou contraint un membre des professions et métiers « sus-indiques de faire partie d'un syndicat professionnel ; quiconque <( aura fait perdre son emploi parce qu'il fait ou refuse de faire partie « d'un syndicat professionnel, sera puni d'un emprisonnement de six « jours à un mois et d'une amende de 100 à 2,000 francs. » M. Dumay, qui a prononcé un excellent discours à cette occasion, a prouvé sans peine qu'en réalité si les ouvriers syndiqués ont besoin de protection, les non-syndiqués ne se trouvent pas dans le même cas. Toutes les atteintes portées à la liberté de ces derniers comme à la liberté des non-grévistes sont poursuivies et punies. La magistrature condamne très facilement, on dirait même tres volontiers. Elle est suffisamment armée par le fameux article 416, et à défaut de celui-là, « il y a cinquante lois pour faire mettre en prison les ouvriers coupables ». Le sympathique député du XX• Arrondissement apporte à cette occasion une liste très considérable de travailleurs condamnés pour avoir porté atteinte à la liberté individuelle en persécutant des camarades syndiqués ou qui s'étaient retirés d'un syndicat. li signale même en termes énergiques, qui lui ont valu une observation du président de la Chambre, les fillettes de treize ans, douze ans et dix ans, comparaissant devant un tribunal pour avoir porté atteinte à la liberté du travail, et .:ela, en b11a1d1et souvriers 11011-grévistes. Nos adversaires voudront bien avouer que le zèle de la magistrature n'est pas suspect dans ces circonstances. li n'y a pas à craindre que les non-grévistes et les

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==