îH LA REVUE SOCIALISTE ment d'ètre plus favorables à l'une des parties - à la partie la moins intéressante et la plus forte. C'est au sujet de l'indemnité obligatoire à attribuer aux membres de ces conseils que s'est livrée la dernière bataille. Un amendement de M. Lavy posant le principe de l'obligation a été repoussé par 238 voix contre 2 39. li est regrettable qu'une voix de majorité ait empèchè l'adoption de cet amendement qui eût donné, aux prud'hommes ouvriers, en même temps que l'indépendance à l'égard des menaces et des vengeances patronales, une juste rétrihution de leur peine et une compensation bien méritée pour le temps perdu. Néanmoins la loi dans l'ensemble n'est point trop mauvaise, si toutefois le Sénat ne la modifie pas à l'excès. Malheureusement, et c'est le vice de tous les projets issus des assemblées bourgeoises, on veut bien avoir l'air de faire quelque chose pour la classe ouvrière, mais on laisse subsister certaines dispositions fâcheuses qui annihilent en partie et hyprocritement les effets du principe posé. Tout le monde se souvient des nombreux faits de guerre impitoyable aux associations professionnelles, des grèves provoquées par des renvois en masse d'ouvriers syndiqués, par lesquels les puissants seigneurs de la haute industrie ont essayé d'empêcher la libre application par les intéressés de la loi de 1884 sur les syndicats professionnels. La loi accordait une liberté ; mais le bon plaisir de ces nouveaux seigneurs féodaux supprimait dans l'étendue de leurs domaines l'usage de cette liberté. Une enquête fut ordonnée: M. Clémenceau fut chargé par la commission d'enquête de faire connaître dans son rapport tous les faits de pression et d'oppression qui avaient été constatés. Depuis, il ne se passe pas de session sans que les députés ouvriers ne viennent signaler à la tribune des faits révoltants de renvois d'ouvriers coupables d'être membres de l'un de ces syndicats, autorisés par la loi de 1884. On a même raconté le cas d'un ouvrier d' Aniche renvoyé pour ce seul fait, après trente ans de bons et loyaux services. Une sanction pénale était nécessaire. La loi Bovier-Lapierre votée une première fois sous la précédente législature, votée de nouveau par la Chambre élue en 1889, repoussée par le Sénat, venait de nouveau devant les représentants du suffrage universel. Elle a été très longuement discutée durant les séances des 19, 21 et 22 mars et des 2 et 4 avril 1892. En définitive, le texte même de M. Bovier-Lapierre a été adopté ainsi que l'ensemble de la loi par 271 voix contre 223. Voici ce texte : « Article Premier. - Tous patrons, entrepreneurs d'ouvrages et (( contre-maîtres qui seront convaincus d'avoir, par menaces de perte ii d'emploi ou de privation de travail, refus motivé d'embauchage, (, renvoi d'ouvriers ou employés à raison de leur qualité de syndi-
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