La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA QGESTlOX SOCIALE DEVAXT LES CORP!> i;;Lt:S 737 sans le vouloir non pas peut-être la journée de huit heures, mais au moins la journée légale de neuf heures ou dix heures. M. Jules Roche établit tout d'abord que tous les peuples ont dû légiférer sur le travail et que c'est justement les nations qui ont le plus réduit la durée légale de la journée de travail, qui sont les plus prospères et où les salaires sont le plus élevés. li fait à ce sujet un tableau saisissant de la législation industrielle anglaise et il ajoute avec raison: Si la pratique avait condamné les lois de 183;, de 18-14,de 1850, de 186j, n'est-il pas certain que le législateur n'aurait pas poursuivi son œuvrc, quïl y aurait eu un mouvement brusque d·arrèt ou de recul ? Cela ne s·est pas produit, parce que la réalité a confirmé les prévisions. Permettez-moi. tres rapidement. d"ajoutcr a la démonstration en quelque sorte expérimentale la démonstration logique qui ressort de l'histoire même de la legislation. 11ne vous échappe pas que, lors de la discussion des Facto J' ac/s en Angleterre, les objections qui sont soulevées ici par les adversaires de la loi furent faites en Angleterre, bien moins éloquem1nent (Sourires), maîs avt"c les mèrnes motifs, les mêmes prophéties de malheurs et de catastrophes pour les patrons qu'on prccipitait a la ruine et pour les ouvriers qu'on condamnait au chômage et à la farninc. L'e:c:portat!on anglaise était perdue ; la lutte de l'industrie anglaise contre les industries concurrentes de l'ctrangcr devenait impossible. Comment voulez-vous, disait-on, que l'Angleterre, en face de pays qui ne seront pas soumis a la législation étroite qu·on vous propose aujourd'hui, - en 18.33 et 18441 - que l'Angleterre puisse lutter sur tous les marche$ du monde, avec les nations rivales, la France, l'Allemagne, la Belgîque, la Suisse, si de pareilles lois sont votées? Vous, représentants des Communes, vous, membres de la Cha1nbre des lords. ne comprenez-vous pas que vous donnez a vos rivaux une supérioritc industri<.'lle incontes-- table, et que vous decrétez 1:1. ruine de la Grande-Bretagne ? c·est le chômage inévitable et l'abaissement des salaires, et par conséquent vous devez repousser des lois dont les resultats seront funestes, et qui, sans apporter aucune amélioration à la condition des classes laborieuses, entraîneront fatalement la ruine de l'industrie anglaise. Ces discours, je le répête, ont été tenus par les hommes les plus considérables, par des philosophes, par des hommes politiques, par de puissants industriels, et le Parlement anglais a cependant vote ces lois. Les prCdictions des adversaires ne se sont pas rCalisécs, et M. Baker 1 par exemple, en 1859, déclarait, devant le congrès des sciences sociales, à Bradford, que, maigri la dinzi,rutûm des heures de traviil, les salaires avaient augmenté, dans ccrtaius cas, de 40 ~~, dans /'ensemble des i11dustries 1 tl, gi11iralement 1 de 12 %, sa,u q"e cette riduction des heurts de /rav,1il et cet accroissemui/ de salaires cusseul diminué en rien la productio,r. textile 11i causé le moindre tort à la prospirité 11atio11ale. Et, à l'appui de se~ déclarations, il prouvait, par des documents, que l'ensemble de la productton manufacturière et de la prospéritë commerciale avaient augmenté dans des proportions considerables quïl évaluait au double dans la periodc de 1844 à 1858. M. Robuck, qui avait Cté autrefois un des adversaires les plus ardents de la loi, tint à faire amende honorable, reconnut les bienfaits de la mesure et soutint le bîll nouveau. Mais, Messieurs, il est une autre opinion que le 5énat doit connaitre : c'est celle d'un homme qui a joué un rôle considérable dans toute cette histoire, sir James Graham, qui avait ete - voulez-vous me permettre de faire cette co1nparaison ? - le Maxime Lecomte et le Milliard de la résistance legislative, qui avait porté avec éclat 47

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