LA QliESTlO:'> SOCI.ILE DE\"Al\"T LES CORPS i:u;s 731 Mais revenons aux choses sérieuses: La Chambre des députés et le Sénat ont consacré quelques séances intéressantes à des questions qui nous touchent de près. Nous ne parlerons que pour mémoire de la fameuse discussion relative aux Universités. L'esprit rétrograde des vieillards routiniers qui composent le Sénat s'est manifesté bien malJ1euri-usement dans cette circonstance. Malgré l'admirable défense de M. le ministre de l'instruction publique, malgré le discours plein et vigoureux de M. Goblet, le projet a été renvoyé à la Commission c'està-dire enterré après de très brillants débats. li est consolant, il est réconfortant de songer qu'à côté de certains politiciens corrupteurs comme celui auquel nous avons fait allusion quelques lignes plus haut, il existe aussi parmi les chefs de notre Démocratie, des hommes d'absolue int~grité, d'une forte nourriture intellectuelle, d'un esprit élevé et philosophique, qui savent voir de haut et de loin, qui ont le don de parler avec le talent sérieux et la màle simplicité de l'homme d'Etat. Mais ce sont ceux-là qu'on n'écoute pas, ou du moins qu'on n'a pas écouté d:ms cette question des Universités, si importante cependant pour la création. dans notre pays, d'une vie morale et intellectuelle véritablement féconde. Une autre discussion très approfondie s'est déroulée durant trois séances du Sénat ( 1). Il s'agissait du projet de loi relatif au travail des e11fa1ts1, desfilles 111i11eures t des j~111111deasllSl'industrie. Le point en litige, le point capital, celui sur lequel a porté tout l'effort du débat, c'est l'article limitant à dix heures la journée de travail des femmes dans lïndustrie. On voit d'ici toute l'importance tbéorique de cette proposition. Nous étonnerions profondément nos lecteurs si nous leur laissions croire que les vieux arguments usés de l'Economie politique orthodoxe, .que les effarouchements de l'intérêt patronal sont resté~ sans défenseurs au sein du Sénat. Cette citadelle de la République et surtout de l'intérêt bourgeois a fait une longue et belle résistance. Plusieurs -orateurs ont exposé avec une grande abondance les raisons un peu démodées par lesquelles on s'oppose encore dans certains pays arriérés à la réglementation du travail. Après avoir parlé de la liberté indivividuelle, on a surtout développé la thèse suivante: Si l'ouvrière travaille une ou deux heures de moins, elle produira moins. Le produit aussi aura un prix de revient plus élevé et par suite la concurrence de l'étranger ruinera notre industrie. D'autre part, produisant moins, l'ouvrière subira une diminution de salaire. Or, tout le monde sait que la rétribution du travail des femmes est très minime et souvent bien insuffisante. Le rapporteur Tolain a opposé à toutes ces raisons une argumen- ( 1). Séances du 22 Mars, 28 Mars et 29 Mars, 1892.
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